Un quart de siècle dans l'opposition municipale
À 68 ans, Pascal Lafitte a annoncé sa démission du conseil municipal de Saint-Jean-de-Luz le 28 mars 2026. Après vingt-cinq années passées dans l'opposition municipale, l'ancien rugbyman du SJLO a décidé de se mettre en retrait, tout en restant au soutien de la nouvelle garde de Donibanen Bizi.
Un parcours politique débuté en 1989
« En 1989. On est venu me chercher. J'étais 33e sur la liste d'Iñaki Hernandorena, le dentiste. À côté de mon nom, il y avait marqué joueur de rugby », se souvient Pascal Lafitte avec amusement. À l'époque, son statut de seconde ligne à l'Olympique lui donnait une certaine notoriété locale. De ce premier scrutin où sa liste n'obtient que 6-7% des voix et un seul élu, il termine sa carrière politique en 2026 avec un score de 24,35% au second tour.
Les années Alliot-Marie et la consolidation de l'opposition
Intégrant le conseil municipal en 2001, Pascal Lafitte se confronte d'abord à Michèle Alliot-Marie, qu'il décrit comme « impressionnante quand elle prenait la parole » et « glaciale ». Avec son statut de ministre, elle représentait selon lui « l'État français dans toute sa puissance ». C'est durant cette période que l'opposition abertzale commence à poser la question cruciale du logement social, pointant le faible nombre de créations (seulement 21 logements entre 2001 et 2008) alors que la loi SRU imposait déjà 25% de logements sociaux.
Quatre mandats à la tête de Herri Berri
Devenu tête de liste en 2008, Pascal Lafitte mène Herri Berri pendant quatre mandats consécutifs. « À force de mettre la pression », la problématique du logement finit par s'imposer dans l'agenda municipal, avec des mesures comme les quotas dans le PLU, la possibilité de programmes 100% sociaux ou la surtaxation des résidences secondaires. « Ils ont fait du Herri Berri mou et avec du retard », résume-t-il avec une pointe d'ironie.
Le tournant de 2017 et l'usure progressive
La mandature 2014-2020 est marquée par le décès de Peyuco Duhart en 2017, « un moment émotif lourd » selon Pascal Lafitte. Cette année voit aussi Manuel de Lara quitter la majorité, annonçant selon lui les recompositions politiques à venir. Sur son quatrième mandat, l'élu reconnaît avoir senti « une usure » face à la lenteur des réalisations : « J'ai senti que le moment était venu que je passe mon tour ».
Une retraite politique préparée mais retardée
Initialement, Pascal Lafitte avait envisagé de se retirer dès 2022, après le départ de Peio Etcheverry-Ainchart et Alain Duclercq. Il propose alors d'emmener Herri Berri « en ordre de marche jusqu'au 31 décembre 2025 » avant de passer la main. Mais face à l'hésitation des quatre candidats potentiels qui estiment « avoir encore besoin d'apprendre », il accepte finalement de mener une dernière campagne, avec cette condition : « Si j'y vais, je ne fais pas un jour de plus au conseil municipal ».
Bilan et perspectives pour le mouvement abertzale
Malgré l'échec à conquérir la mairie, Pascal Lafitte reste optimiste : « On a quatre conseillers municipaux, avec des jeunes qui vont monter, on en a une dizaine qui sont prêts ». Il souligne également la progression historique du mouvement abertzale : « Dans les années 2000, les abertzale représentaient 5, 10, 15%. Aujourd'hui, il y a 24-25 mairies EH Bai ». Pour lui, la prochaine étape consiste à « rassembler notre camp » et à « glisser vers le marais centriste euskalzale ».
Un engagement personnel profondément enraciné
Né à Saint-Jean-de-Luz en 1957, Pascal Lafitte a effectué toute sa scolarité dans la ville avant de revenir y enseigner et devenir directeur de l'école du centre. Son engagement politique s'est construit au contact des réfugiés basques d'ETA dans les années 1980. La perte de son petit frère Didier, membre d'Iparretarrak abattu par la police française en 1984, a renforcé son choix d'un abertzalisme pacifique : « Didier avait choisi une façon de porter la problématique basque, il y en a une autre, en plein jour et sans armes, avec des arguments ».
Le rôle du « seconde ligne » politique
Désormais, Pascal Lafitte envisage son avenir comme celui d'un « seconde ligne » politique : « Je passe du front office, de la première ligne, au back-office ». Comme l'ancien joueur Marco Berard le lui a rappelé : « C'est là que tu mets les plus belles marmites pour relever le truc ». Son objectif : accompagner les jeunes qui prendront le relais, tout en restant présent sans être en première ligne.



