Carcassonne : l'impact des propos racistes sur la stratégie du RN
Carcassonne : l'impact des propos racistes sur le RN

La diffusion par Midi Libre d'une vidéo montrant des policiers municipaux de Carcassonne tenant des propos racistes, sexistes et complotistes pourrait renforcer le réflexe de front républicain en vue de la présidentielle de 2027, selon Antoine Bristielle, docteur en science politique et directeur de l'Observatoire de l'opinion de la Fondation Jean-Jaurès.

Des propos « monnaie courante » dans certains cercles du RN

Interrogé par Midi Libre, Antoine Bristielle indique ne pas être surpris par la teneur des propos révélés. « Ce n'est pas forcément de l'étonnement dans le sens où ce n'est pas forcément non plus la première fois qu'on a, disons, dans un second ou troisième cercle du Rassemblement national, de tels propos qui peuvent fuiter. C'est malheureusement encore monnaie courante dans une partie du Rassemblement national », explique-t-il.

Selon lui, la stratégie de dédiabolisation menée par Marine Le Pen depuis une dizaine d'années a conduit le parti à s'afficher moins souvent avec les personnes les plus problématiques sur ces questions. Dans l'ancien Front national, ce type de propos était « beaucoup plus admis » et « assez monnaie courante dans les cercles du FN ». Toutefois, ces propos n'ont pas disparu au sein du RN, en particulier chez une partie des militants les plus durs, mais le parti « essaye de ne pas montrer cette facette-là aux yeux du grand public ».

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Un électorat aux profils variés mais un « fond de sauce » xénophobe

Antoine Bristielle distingue plusieurs profils parmi les électeurs du RN. Certains sont « beaucoup plus préoccupés par les questions de pouvoir d'achat » ou par le « mauvais fonctionnement des institutions » et voient dans le RN une alternative crédible. D'autres sont davantage préoccupés par les enjeux liés à l'immigration ou par ce qu'ils considèrent comme un « délitement culturel de la société », jusqu'à flirter avec une forme de xénophobie.

Ces deux approches sont généralement liées, souligne-t-il, en citant les travaux du chercheur Célicien Faury. Selon ce dernier, même chez les personnes préoccupées par leur pouvoir d'achat, il existe une forme de racialisation de ces préoccupations, « dans le sens où ce n'est jamais loin d'une considération xénophobe ». Les problèmes économiques rencontrés seraient ainsi attribués à une immigration incontrôlée.

Antoine Bristielle précise toutefois : « Je ne dirais vraiment pas que tous les électeurs du RN sont racistes. » Il évoque néanmoins un « fond de sauce propre au FN, puis au RN, autour des enjeux liés à l'arrêt de l'immigration, à maintenir une homogénéité culturelle », qui peut conduire à des « glissements » vers des propos et attitudes « complètement xénophobes », comme observé à Carcassonne.

Une menace pour la stratégie de normalisation et le front républicain

Ce type de séquence « fait tache » dans l'entreprise de normalisation du RN, estime le politiste. L'élargissement du socle électoral du parti a attiré des profils de droite traditionnelle, préoccupés par l'immigration et l'insécurité, mais « pas du tout dans un profil xénophobe ». Pour le RN, c'est « un point très problématique ».

La stratégie de dédiabolisation visait à « moins faire peur à des électeurs » et à faire en sorte qu'il n'y ait plus de front républicain, afin d'apparaître comme « un parti comme les autres ». Or, ce type de séquence renforce l'impression que le RN n'est pas un parti comme les autres, avec des membres « très xénophobes ». Dans une perspective de second tour, cela peut renforcer le réflexe de front républicain.

Les dirigeants du RN ont d'ailleurs réagi très vite mercredi pour condamner ces propos. Selon Antoine Bristielle, c'est « tellement à l'opposé de leur stratégie de dédiabolisation qu'ils ont tout intérêt à condamner extrêmement rapidement ». Ils se rendent compte que ces propos ne leur servent pas et veulent « ne laisser aucun angle d'attaque à leurs opposants politiques ».

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