Dans une tribune publiée par Le Monde, Armel Le Divellec, professeur de droit public à l'Université Paris 2 Panthéon-Assas, affirme que l'élection présidentielle française est un « mirage » qui ne livre pas la maîtrise du pouvoir. Selon lui, ce scrutin, pourtant central dans la vie politique, crée une illusion de contrôle qui ne correspond pas à la réalité des institutions.
Une élection mythifiée
Le Divellec rappelle que la Constitution de la Ve République, conçue en 1958, a été modifiée à plusieurs reprises, notamment en 1962 pour instaurer l'élection du président au suffrage universel direct. Cette réforme, voulue par le général de Gaulle, visait à renforcer la légitimité du chef de l'État. Cependant, le professeur estime que cette évolution a créé une « personnalisation excessive » du pouvoir, donnant l'impression que le président détient seul les clés de la gouvernance.
Les contraintes du pouvoir présidentiel
En réalité, le président doit composer avec de nombreuses contraintes : le Premier ministre, la majorité parlementaire, les contre-pouvoirs institutionnels (Conseil constitutionnel, autorités indépendantes) et les engagements européens. Le Divellec souligne que « l'élection présidentielle est un moment de communion nationale, mais elle ne confère pas une maîtrise absolue du pouvoir ». Il cite l'exemple des cohabitations, où le président issu d'un camp doit gouverner avec un Premier ministre de l'autre bord, limitant ainsi son influence.
Un mirage démocratique ?
Le professeur de droit public va plus loin : il estime que l'élection présidentielle entretient un « mirage démocratique » en focalisant l'attention sur un seul homme. Selon lui, cette hyperpersonnalisation nuit à la délibération collective et à la responsabilité partagée. « Le président est perçu comme le sauveur suprême, mais en réalité, il est prisonnier d'un système complexe », écrit-il. Il rappelle que la Ve République prévoit un équilibre des pouvoirs, mais que la pratique a souvent dévié vers une concentration excessive entre les mains de l'exécutif.
Les conséquences sur la confiance
Cette distorsion entre la promesse électorale et la réalité du pouvoir contribue, selon Le Divellec, à la défiance croissante des citoyens envers la politique. Il note que « le taux d'abstention record aux dernières présidentielles (28 % au second tour en 2022) témoigne d'un désenchantement ». En promettant l'impossible, les candidats alimentent des attentes irréalistes, ce qui mène à des déceptions et à une perte de crédibilité des institutions.
Vers une réforme nécessaire ?
Pour remédier à ce « mirage », le professeur propose une réflexion sur le rôle du président et sur la nécessité de renforcer le Parlement. Il suggère que « l'élection présidentielle ne devrait pas être le seul moment fort de la vie démocratique ». Il plaide pour une meilleure répartition des pouvoirs et pour une évaluation plus réaliste des capacités présidentielles. Selon lui, il est urgent de « désacraliser la fonction présidentielle » pour redonner toute sa place au débat parlementaire et à la société civile.
Armel Le Divellec conclut que l'élection présidentielle, telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui, n'est pas à la hauteur des enjeux démocratiques. Il appelle à une refonte du système pour que le pouvoir ne soit plus un « mirage » mais une réalité partagée et contrôlée.



