Peter Ticktin, un avocat de 80 ans installé en Floride, se présente comme un ancien « meilleur ami » du président américain Donald Trump. Leur relation remonte à leur rencontre à la New York Military Academy, un lycée new-yorkais, il y a plus de soixante ans. Depuis, Ticktin affirme avoir conservé un lien privilégié avec Trump. Devenu l’un des défenseurs les plus visibles des thèses contestant l’élection de 2020, il tente aujourd’hui, selon une enquête de CNN, de convaincre le président d’aller plus loin dans son combat contre ce qu’il décrit comme une « menace étrangère » pesant sur le système électoral américain.
Un cercle de proches poussant à l’état d’urgence
Ticktin serait parvenu à intégrer, selon CNN, le cercle de proches et d’alliés qui poussent Donald Trump à déclarer un état d’urgence nationale. L’objectif serait de placer les élections de mi-mandat sous un contrôle fédéral accru, en invoquant une supposée ingérence étrangère via les machines à voter. Au cœur de son argumentaire réside une affirmation jamais démontrée publiquement : l’élection présidentielle de 2020 aurait été volée à Trump par une opération impliquant notamment le Venezuela, la Chine et l’Iran.
Dans un entretien accordé à CNN, Ticktin a affirmé que des preuves allaient bientôt émerger, notamment à travers l’affaire judiciaire visant le dirigeant vénézuélien Nicolás Maduro. « Avec les preuves que nous avons, et avec les preuves qui vont arriver, il n’y aura aucun doute », assure-t-il, accusant les machines électorales d’avoir permis « une prise de contrôle clandestine d’un pays ».
La thèse de l’ingérence étrangère contestée
Aucune preuve publique n’a, à ce jour, confirmé de telles accusations. En 2021, une évaluation du Bureau du directeur du renseignement national américain avait établi que plusieurs pays avaient tenté d’influencer le scrutin, mais avait conclu qu’aucun acteur étranger n’avait essayé de modifier les aspects techniques du vote, comme l’inscription des électeurs, le dépôt des bulletins, le dépouillement ou l’annonce des résultats.
À l’approche des élections de mi-mandat de novembre 2026, Ticktin réactive ce narratif pour convaincre le public et l’administration Trump que des mesures sont nécessaires. Selon lui, une intervention politique extérieure pourrait permettre aux démocrates de reprendre suffisamment de sièges à la Chambre des représentants pour engager une procédure de destitution contre Trump et le vice-président J.D. Vance, avec pour objectif que Hakeem Jeffries, chef de la minorité démocrate à la Chambre, accède à la présidence.
Un projet de décret controversé
La seule solution pour parer cette menace, selon Ticktin, est la signature d’un décret présidentiel déclarant un état d’urgence nationale fondé sur des allégations d’ingérence étrangère. Le projet, que Ticktin a contribué à rédiger en 2025 selon CNN, prévoit notamment des restrictions sur le vote par correspondance et l’interdiction des machines à voter. Une mesure qui limiterait l’accès au vote pour une partie de la population américaine.
Pour de nombreux experts du droit électoral cités par CNN, une telle intervention retirerait aux États et au Congrès une grande partie de leur contrôle sur l’organisation du scrutin, soulèverait des questions constitutionnelles majeures, ouvrirait la voie à des contestations judiciaires immédiates et pourrait plonger le pays dans une crise institutionnelle.
Une influence réelle difficile à mesurer
L’influence réelle de Ticktin auprès de Trump est difficile à évaluer. Selon CNN, l’avocat affirme parler au président plusieurs fois par an et disposer d’un accès direct depuis qu’il l’a représenté dans une procédure civile contre Hillary Clinton après son départ de la Maison-Blanche. Il affirme aussi être en contact avec des responsables du ministère de la Justice.
Cependant, ces affirmations sont contestées par un responsable de la Maison-Blanche, cité par CNN, qui estime que « bien que Ticktin parte d’une bonne intention, il semble exagérer la nature de sa relation actuelle avec Trump ». Selon cette source, l’avocat ne parle pas régulièrement avec le président et n’influence pas la politique de la Maison-Blanche sur les élections.
Le parcours de Ticktin dans l’écosystème trumpiste
Avocat civil connu pour des affaires médiatiques, Ticktin est devenu un représentant majeur du mouvement contestant les résultats de 2020. Il a défendu plusieurs figures de ce courant, dont l’ancien patron d’Overstock Patrick Byrne, poursuivi pour avoir affirmé que les machines de Dominion Voting Systems avaient inversé des millions de voix en faveur de Joe Biden. Selon CNN, ses méthodes ont souvent suscité des controverses judiciaires : il a notamment été sanctionné dans une affaire liée à une plainte de Trump contre Hillary Clinton pour avoir avancé des accusations jugées infondées.
Aujourd’hui, il continue de défendre des personnes liées aux événements du 6 janvier 2021 et a déposé une plainte contre le gouvernement fédéral au nom d’une douzaine de prévenus, accusant les autorités de mauvaise conduite dans les poursuites engagées contre eux. Plus de soixante ans après leur rencontre dans un internat militaire de l’État de New York, Peter Ticktin continue de miser sur son lien personnel avec Donald Trump. Reste à savoir jusqu’où cette proximité peut réellement peser sur les décisions du président américain.



