La France n'a jamais eu aussi peu de naissances depuis 1942. En 2023, 678 000 bébés sont nés dans le pays, selon les données publiées par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Ce chiffre représente une baisse de 6,6 % par rapport à 2022, où 726 000 naissances avaient été comptabilisées. Le nombre de naissances n'avait pas été aussi faible depuis 1942, année durant laquelle environ 600 000 naissances avaient été enregistrées.
Une tendance à la baisse depuis 2010
La baisse de la natalité n'est pas un phénomène récent. Selon l'Insee, le nombre de naissances diminue régulièrement depuis 2010, à l'exception d'un léger rebond en 2021. La fécondité a également reculé : l'indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) s'établit à 1,68 enfant par femme en 2023, contre 1,79 en 2022. Il y a vingt ans, en 2003, il était de 1,89.
Plusieurs facteurs expliquent cette évolution. L'âge moyen à la maternité continue d'augmenter : il atteint 31 ans en 2023, contre 29,5 ans en 2010. Par ailleurs, le nombre de femmes en âge de procréer (20-40 ans) diminue légèrement. Enfin, les incertitudes économiques et environnementales pèsent sur les projets familiaux, selon les analyses de l'institut.
Des disparités régionales marquées
La baisse des naissances touche l'ensemble du territoire, mais avec des intensités variables. Les régions les plus touchées sont la Nouvelle-Aquitaine (-8,5 %), l'Île-de-France (-7,8 %) et l'Occitanie (-7,5 %). À l'inverse, la Corse enregistre une baisse plus modérée (-2,1 %). En valeur absolue, l'Île-de-France reste la région la plus féconde avec 170 000 naissances, suivie de l'Auvergne-Rhône-Alpes (75 000) et de la Nouvelle-Aquitaine (55 000).
Les départements d'outre-mer (DOM) ne sont pas épargnés. La Guyane et Mayotte, qui avaient des taux de fécondité élevés, connaissent également un recul. En Guyane, l'ICF est passé de 3,3 enfants par femme en 2010 à 2,9 en 2023. À Mayotte, il est tombé de 4,5 à 3,8 sur la même période.
Un impact sur le vieillissement de la population
Cette baisse de la natalité accentue le vieillissement de la population française. En 2023, l'espérance de vie continue d'augmenter (85,2 ans pour les femmes, 79,3 ans pour les hommes), ce qui creuse l'écart entre les générations. Le solde naturel (différence entre naissances et décès) est en forte baisse : il s'élève à 47 000 en 2023, contre 141 000 en 2010.
Selon un démographe interrogé par l'AFP, "la France reste l'un des pays les plus féconds d'Europe, mais la tendance est préoccupante. Si elle se poursuit, le solde naturel pourrait devenir négatif d'ici une dizaine d'années."
Des politiques familiales en question
Face à cette situation, plusieurs voix s'élèvent pour réclamer un renforcement des politiques familiales. Le gouvernement a annoncé en janvier 2024 un plan de relance de la natalité, incluant des mesures comme le congé parental mieux rémunéré et le développement des places en crèche. Toutefois, les associations familiales estiment ces mesures insuffisantes. "Il faut un véritable choc de natalité, avec des aides financières plus conséquentes et une meilleure conciliation entre vie professionnelle et familiale", a déclaré la présidente de l'Union nationale des associations familiales (Unaf).
L'Insee prévoit que la population française continuera de croître jusqu'en 2040, grâce à l'immigration, mais à un rythme ralenti. D'ici 2050, le nombre de naissances pourrait tomber à 600 000 par an si les tendances actuelles se maintiennent.



