Mayotte : la gestion laborieuse des aides européennes
Mayotte : gestion laborieuse des aides européennes

La gestion des aides européennes à Mayotte, département français de l'océan Indien, se révèle particulièrement laborieuse, mettant en lumière les défaillances de l'État dans l'accompagnement des collectivités locales. Selon un rapport du Sénat publié en juillet 2026, seuls 12 % des fonds européens alloués à Mayotte pour la période 2021-2027 ont été consommés à ce jour, un taux nettement inférieur à la moyenne nationale de 45 %.

Des lenteurs administratives qui pénalisent les projets locaux

Les lenteurs administratives et la complexité des dossiers de demande de subventions expliquent en grande partie ce retard. Les petites communes mahoraises, souvent dépourvues de services techniques dédiés, peinent à monter des projets éligibles. « Les maires sont démunis face à la paperasse exigée par Bruxelles », témoigne un élu local cité dans le rapport, qui souligne le manque d'ingénierie de projet sur place.

Cette situation renvoie l'État à ses propres carences. Le préfet de Mayotte, François-Xavier Bieuville, avait pourtant annoncé en 2024 un plan de simplification des procédures, mais les effets se font toujours attendre. Les associations de développement local dénoncent un « dialogue de sourds » entre les services de l'État et les bénéficiaires potentiels.

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Un impact direct sur l'économie et l'emploi

Les conséquences de cette gestion laborieuse sont concrètes. Sur les 214 millions d'euros programmés pour Mayotte au titre du Fonds européen de développement régional (Feder) et du Fonds social européen (FSE), seuls 25 millions ont effectivement été versés. Des projets d'infrastructures routières, de construction d'écoles ou de formation professionnelle sont à l'arrêt, faute de déblocage des fonds.

Le secteur privé est également touché. Les entrepreneurs mahorais, qui espéraient bénéficier d'aides à l'installation ou à la modernisation, se heurtent à des délais de traitement de plusieurs mois. « On nous promet des financements, mais les dossiers restent bloqués dans les tuyaux », confie un chef d'entreprise de Petite-Terre, cité par le rapport.

Des recommandations pour sortir de l'impasse

Le rapport sénatorial formule plusieurs recommandations pour remédier à cette situation. Il préconise notamment la création d'un guichet unique pour les porteurs de projets, le renforcement des effectifs de l'Agence de services et de paiement (ASP) à Mayotte, ainsi qu'un accompagnement renforcé par les services de l'État. Il suggère aussi de simplifier les critères d'éligibilité pour tenir compte des spécificités locales.

En attendant, les acteurs locaux appellent à une mobilisation urgente. Le conseil départemental de Mayotte a voté en juin une motion demandant « un plan d'action immédiat » pour accélérer la consommation des crédits européens. La question sera à l'ordre du jour de la prochaine commission mixte entre l'État et l'Union européenne, prévue à Bruxelles en octobre prochain.

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