Au Seaquarium du Grau-du-Roi, soigneurs et aquariologistes au chevet des animaux
Au Seaquarium, soigneurs et aquariologistes au chevet des animaux

Cet été, les équipes du Seaquarium Institut Marin, au Grau-du-Roi (Gard), se mobilisent pour que les animaux et les visiteurs ne manquent de rien. Cette période clé de l'année est aussi plus complexe à gérer pour les soigneurs et aquariologistes. Quelques minutes avant l'ouverture au public, ils s'affairent en coulisses pour vérifier que tous les poissons se portent bien.

Une surveillance de chaque instant

« Il faut toujours avoir un œil partout pour vérifier que les poissons comme les coraux ne présentent ni blessures, ni symptômes de maladie, affirme Aude Guala, technicienne aquariologiste. Si c'est le cas, notre priorité numéro une est alors de transférer l'animal dans un aquarium en réserve afin de lui faire les soins nécessaires. » Ce mardi 25 août, le tour de ronde matinal s'est déroulé sans accroc. Pas de poisson patraque à l'horizon. L'équipe peut se concentrer sur la préparation des repas des quelque 350 espèces de poissons et animaux, ainsi que sur la maintenance quotidienne des bassins.

Jérémy Ferrier, soigneur des mammifères marins, s'occupe de la préparation des compléments alimentaires pour Mona, Rio, Gloria ou encore Taïko. Les phoques et otaries, d'un naturel curieux et joueur, s'approchent de la surface de l'eau dès que leur soigneur passe la porte menant sur la partie extérieure du bassin. Les quelques poissons sont distribués minutieusement à chacun des pensionnaires. « Comme on les nourrit avec du poisson congelé, on y ajoute des vitamines, explique Jérémy au bord du bassin, devant des phoques très intéressés par le contenu de son seau. Quand on distribue la première poignée, il faut bien viser et être très attentif à ce que chacun mange sa portion. »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

La lutte contre les algues, un combat quotidien

Pendant que Jérémy distribue les vitamines aux pinnipèdes, Jonathan Caussel, lui aussi soigneur, analyse la température et la qualité de l'eau du bassin des mammifères marins. « On a plongé dimanche mais je pense qu'on va devoir replonger cet après-midi. » Dans les résultats d'analyse, rien à signaler. Cependant, en moins de 48 heures, les algues sont de retour sur les vitres du bassin. Sans impact sur la qualité de l'eau, ce désagrément concerne plus les visiteurs que les animaux, habitués à cohabiter avec ces organismes vivants en milieu naturel. « On a beaucoup de commentaires sur la présence d'algues dans ce bassin. Comme il est à ciel ouvert, le soleil et la chaleur favorisent leur prolifération. On ne peut pas utiliser de produits chimiques pour les enlever, ce serait dangereux pour les animaux, justifie Jonathan. Alors, en ce moment, on est obligé de plonger trois à quatre fois par semaine pour nettoyer les vitres, et encore dès le lendemain matin, on voit déjà qu'elles reviennent. »

Pour rendre à l'eau sa couleur limpide, il faudra que l'équipe de soigneurs transfère les animaux vers des petits bassins annexes, afin de traiter chimiquement l'eau du bassin et la renouveler entièrement avant d'y réintégrer les pinnipèdes. Une opération logistique de grande ampleur prévue d'ici quelques jours.

Nourrissages commentés et entraînements quotidiens

Une fois les vitamines digérées, l'heure est venue pour les phoques et otaries de prendre leur premier vrai repas de la journée. En fin de matinée, alors que les allées de l'aquarium se sont remplies de familles venues admirer les requins, tortues et autres poissons clowns, une annonce résonne dans les haut-parleurs. Les soigneurs vont procéder au nourrissage commenté des phoques et otaries. Jonathan et Jérémy se placent sur « la plage » du bassin avec, à leur ceinture, des petits seaux avec les portions de capelans, de sprats et de harengs destinés à chacun des pensionnaires. Micro en main, Emilie Despois, médiatrice scientifique, se poste au bord du bassin, face aux visiteurs, pour leur donner des informations supplémentaires sur ces animaux très appréciés du public.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Ces nourrissages sont aussi l'occasion pour les soigneurs de procéder à l'entraînement quotidien des mammifères. Pointe de vitesse, sauts, reconnaissance des formes associées à leur prénom, mais aussi simulation d'examens médicaux, les pensionnaires se prêtent volontiers aux exercices. « Ce sont des animaux avec des capacités cognitives similaires à celles d'un chien, argumente Jérémy, alors il faut les stimuler. Ces exercices permettent d'instaurer une confiance avec nous. C'est essentiel pour nous permettre de surveiller leur état de forme, et si besoin, réaliser des examens médicaux comme des prises de sang ou des échographies. »

Une journée bien remplie entre soins et pédagogie

Entre les repas des différentes espèces, pas de répit. En début d'après-midi, le système de filtration général, permettant de nettoyer l'eau alimentant tous les bassins de l'aquarium, nécessite l'attention des aquariologistes. Aude lance alors un nettoyage du système. « Dans ce métier, il faut être polyvalent, s'amuse-t-elle. Il faut aussi bien savoir reconnaître un poisson en difficulté dans un bassin que gérer les problèmes de plomberie. » Une fois l'opération terminée, il est déjà l'heure de monter sur les plateformes surplombant le célèbre tunnel des requins pour nourrir, à la pince, les différents spécimens.

Au même moment, du côté des mammifères marins, Jonathan enfile sa combinaison de plongée. Le moment est venu de s'attaquer à l'antagoniste de l'été : les algues sur les vitres du bassin des phoques et otaries. Quand apparaît ce drôle de poisson, les plus petits visiteurs sont fascinés. Pendant près d'une heure, Jonathan va astiquer les parois sous le regard attentif de Jérémy, chargé d'assurer sa plongée. L'occasion aussi pour lui de répondre aux questions des visiteurs sur le sujet. La proximité avec le public et la capacité à transmettre leurs connaissances font partie intégrante de leur travail quotidien au Seaquarium.

Véritable institution du littoral gardois, le Seaquarium a été fondé au Grau-du-Roi en 1989. « Une autre époque », durant laquelle l'aquarium a été créé pour favoriser l'attractivité touristique de la station balnéaire. Emblème de cette époque révolue, le Seaquarium proposait notamment un « bassin tactile », permettant aux visiteurs de plonger la main dans l'eau et de caresser des petites roussettes, une espèce méditerranéenne de requin inoffensif. Ce bassin a été fermé en 2025 et remplacé par un nouveau bassin sur le rôle des aires marines protégées, équipé de petits écrans interactifs pour expliquer l'impact de l'activité humaine sur le monde marin. « Ce bassin tactile a existé pendant des décennies, mais pour nous ce n'était plus possible, justifie Elodie Cubillas, responsable du pôle communication. Ce n'était plus en accord avec les valeurs que l'équipe veut défendre aujourd'hui. »

Une remise en question de la politique de l'aquarium concernant le bien-être animal qui a fait quelques sceptiques. « Beaucoup ont compris notre démarche mais on a toujours des visiteurs qui viennent nous demander où est le bassin pour toucher les requins. Et quand on leur explique, certains ne comprennent toujours pas pourquoi c'était problématique. C'est là qu'on voit qu'on a encore beaucoup à faire en termes de pédagogie. » Depuis une dizaine d'années et la création de l'Institut Marin, le Seaquarium a renforcé cette volonté de pédagogie, afin de mieux sensibiliser les visiteurs à la fragilité du monde marin. Dans l'ombre, les équipes participent aussi régulièrement à des expéditions scientifiques comme des plongées de recensement des espèces du littoral méditerranéen.