Un mouvement de résistance inattendu se développe aux États-Unis contre le développement massif de l'intelligence artificielle et des centres de données, perçus comme une menace pour l'environnement et l'emploi. Ce « techlash », terme utilisé outre-Atlantique pour décrire ce retour de bâton, s'installe désormais dans les débats des élections de mi-mandat de novembre dans plusieurs États, selon la chronique de Pierre Haski publiée le 25 août 2026.
Le « techlash », un retour de bâton contre la Silicon Valley
Les États-Unis sont probablement le dernier pays où l'on s'attendrait à voir surgir une résistance au progrès technologique. Les « nouvelles frontières » font partie de l'identité américaine, et la Silicon Valley est devenue un élément central du « rêve américain ». Pourtant, la tech, avec ses oligarques devenus trop puissants, ses menaces sociales et environnementales, et sa course effrénée vers un avenir dont la désirabilité est de plus en plus remise en question, provoque ce phénomène de « techlash ».
Ce retour de bâton intervient dans un contexte où les géants de la technologie investissent des centaines de milliards de dollars dans le développement de data centers. Ces infrastructures, indispensables au fonctionnement de l'intelligence artificielle, sont au centre des préoccupations et des questionnements de la société civile américaine.
Erin Brockovich s'engage contre les data centers
La militante écologiste Erin Brockovich, connue pour avoir dénoncé dans les années 1990 un scandale de pollution industrielle de l'eau potable en Californie, histoire portée à l'écran par le réalisateur Steven Soderbergh, s'est jointe à ce combat. Elle a notamment produit une carte interactive permettant de visualiser l'impact des centres de données sur le territoire américain.
Ce mouvement de résistance, que la Silicon Valley a toujours craint, rappelle l'histoire des ouvriers luddites du XIXe siècle, qui s'opposaient à l'introduction des machines dans les usines. Les craintes actuelles portent à la fois sur les conséquences environnementales des data centers, très gourmands en énergie et en eau, et sur les risques de destruction d'emplois liés à l'automatisation et à l'intelligence artificielle.
Un enjeu politique pour les élections de mi-mandat
Le développement des data centers s'est invité dans la campagne des élections de mi-mandat qui se tiendront en novembre dans plusieurs États américains. Les candidats sont désormais contraints de prendre position sur ce sujet, qui oppose les partisans du développement technologique sans entrave aux défenseurs de l'environnement et de l'emploi local.
Cette opposition croissante pourrait avoir des conséquences concrètes sur les projets d'implantation de nouveaux centres de données, notamment dans les régions où la population locale est la plus mobilisée. Le « techlash » américain, longtemps resté marginal, semble désormais capable d'influencer les décisions politiques et économiques, marquant un tournant dans la relation entre la tech et la société américaine.



