Trump s'empare du 250e anniversaire américain, célébrations controversées
Trump s'empare du 250e anniversaire américain

L’eau du bassin du Lincoln Memorial à Washington devait être « bleu drapeau », elle est devenue verte à cause des algues. Cette rénovation catastrophique symbolise les célébrations du 250e anniversaire de l’indépendance américaine, que Donald Trump a profondément transformées.

Des célébrations détournées par Trump

En 2016, un comité non-partisan, « America 250 », avait été créé par le Congrès pour organiser cet anniversaire. Mais le retour de Trump a bouleversé le programme. Avec son groupe « Freedom 250 », un partenariat public-privé, il multiplie les événements à son image : combats de MMA à la Maison-Blanche et courses de voitures.

« Trump a fait main basse sur les festivités pour accentuer son culte de la personnalité », explique Romuald Sciora, chercheur associé à l’IRIS. Une célébration bipartisane prévue le 4 juillet à Washington a été remplacée par un rassemblement « Make America Great Again ». Le grand concert du lancement de la « Great American State Fair » a été annulé au profit de discours de Trump et de ses partisans.

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Une fête nationale devenue meeting politique

« Son discours n’était pas du tout sur l’Amérique et ses valeurs. C’était un discours de polarisation politique », analyse Agnès Delahaye, professeure d’histoire et de civilisation américaine à l’université Lyon-2. Le président aura également un billet de 250 dollars à son effigie et son visage sur des passeports en édition limitée. Une salle de bal démesurée a été construite à la Maison-Blanche, et un Arc de triomphe est prévu à Washington.

« Si on n’est pas partisan de Donald Trump, on peut avoir l’impression d’un hold-up avec des célébrations considérées comme trumpistes », souligne Romuald Sciora. Le comité America 250 est « complètement étouffé », se limitant à des manifestations locales.

Réécriture de l’histoire américaine

Ce 250e anniversaire s’inscrit dans une volonté de « réécriture de l’histoire américaine » dictée par l’extrême droite radicale. « Les représentants de ce courant sont arrivés au pouvoir avec lui. Le 250e anniversaire était une opportunité majeure pour eux », rappelle Romuald Sciora, citant le vice-président J.D. Vance et Susie Wiles, cheffe de cabinet de la Maison-Blanche, défenseuse d’une « contre-révolution » culturelle contre « l’idéologie woke ».

« La diversité – mot honni par Trump – du peuple américain a été effacée pour mettre à l’honneur un récit à la gloire suprémaciste blanc », ajoute Agnès Delahaye. Depuis le retour de Trump, des coupes budgétaires ont frappé certaines administrations, des enquêtes sont menées sur des musées, des expositions sur l’esclavage ont été démantelées, et des mots comme « femme », « racisme », « LGBT » ou « justice sociale » sont interdits dans des projets de la National Science Foundation.

Une Amérique polarisée comme jamais

« Cette droite cryptofasciste se sert de ce 250e anniversaire pour imposer sa vision et son idéologie. On passe volontairement sous silence toutes les pages sombres de l’histoire américaine », dénonce Romuald Sciora. « C’est tout un programme politique derrière, ce n’est pas le délire d’une personne », martèle Agnès Delahaye.

Lors du bicentenaire de 1976, marqué par la guerre du Vietnam, le choc pétrolier et le Watergate, le président Gerald Ford avait tenté de rassembler. En 2026, le contexte est bien différent. « L’Amérique est polarisée comme elle ne l’a jamais été. C’est une Amérique malade qui fête son 250e anniversaire avec une démocratie attaquée de toute part et des pères fondateurs à terre », conclut Romuald Sciora.

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