Nouvelle-Calédonie : participation de 54,42% aux provinciales, scrutin clé pour l'avenir
Nouvelle-Calédonie : 54,42% de participation aux provinciales

Les électeurs de Nouvelle-Calédonie ont voté dimanche pour des élections provinciales cruciales, destinées à redessiner le paysage politique et relancer l'avenir institutionnel de l'archipel, gelé depuis les émeutes de mai 2024. Le scrutin pour renouveler les trois assemblées a mobilisé 54,42 % des votants à 17 heures, selon le haut-commissariat de la République. Quelque 192 500 électeurs étaient appelés aux urnes, dont 10 575 natifs récemment intégrés au corps électoral par une loi organique.

Un scrutin sous haute sécurité

Environ 2 400 membres des forces de l'ordre, dont 1 120 gendarmes mobiles, sont déployés jusqu'à la mi-juillet pour encadrer le vote. Le scrutin s'est déroulé dans le calme, avec peu de files d'attente dans les bureaux de vote, a constaté un journaliste de l'AFP. "Mes grands-parents se sont bagarrés pour avoir ce droit" de vote, explique Cédric Ixeco, un Kanak de 43 ans, au bureau de vote de la mairie de Nouméa. "Que le meilleur gagne, mais il faut venir voter, c'est important", ajoute-t-il, disant "vouloir voir les choses changer dans notre quotidien".

Les enjeux politiques : majorité au Congrès

Les loyalistes menés par Sonia Backès visent la majorité au Congrès face à un camp indépendantiste divisé depuis juillet 2025. Pour sa présidente sortante de la province Sud, Sonia Backès, qui mène une liste commune des deux principaux partis non-indépendantistes, l'enjeu dépasse son fief : les loyalistes espèrent décrocher pour la première fois une majorité au congrès, sans alliés. Une telle victoire serait "une occasion unique et historique", a affirmé pendant la campagne le député (Renaissance) Nicolas Metzdorf.

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Les indépendantistes divisés

Face à eux, les indépendantistes veulent empêcher ce "grand chelem institutionnel" et transformer le scrutin en vote sanction contre la politique menée par Mme Backès. Le président du FLNKS, Christian Tein, a multiplié les appels à la mobilisation dans la population kanak, traditionnellement plus abstentionniste, exhortant ses militants à convaincre "le moindre jeune" croisé dans les quartiers populaires. Cependant, le camp indépendantiste aborde le scrutin fracturé, en raison notamment de l'accord de Bougival. Conclu en juillet 2025 avec l'État, il prévoyait un "État de Nouvelle-Calédonie" dans la Constitution mais n'a jamais été mis en œuvre. À présent enterré, le texte a laissé des traces : favorable à l'accord, l'Union nationale pour l'indépendance (UNI), qui réunit le Palika et l'UPM, a quitté le FLNKS, dominé par l'Union calédonienne, qui l'avait rejeté.

Une troisième force : l'Éveil océanien

Une troisième force, l'Éveil océanien, pourrait toutefois arbitrer. Créé pour représenter l'importante communauté originaire de Wallis-et-Futuna, ce parti revendique une position "ni-ni", ni indépendantiste ni loyaliste, susceptible de capter les voix centristes.

Corps électoral élargi mais gelé

Le scrutin repose sur un corps électoral gelé depuis 2007 : seuls votent les résidents installés avant 1998 et leurs descendants. C'est précisément une tentative d'élargir cet électorat à des résidents plus récents qui avait déclenché les émeutes meurtrières de mai 2024, qui ont fait 14 morts et plus de deux milliards d'euros de dégâts. Au printemps, une loi organique a finalement intégré 10 575 natifs jusque-là exclus. Le corps électoral est ainsi passé de 169 000 inscrits en 2019 à quelque 192 500.

Un test avant les négociations institutionnelles

Le vote sert de test avant la reprise des négociations institutionnelles, que le Premier ministre Sébastien Lecornu a promise dès juillet, avec un objectif d'accord avant la fin de l'année. Mais les positions restent éloignées. Le FLNKS réclame un nouveau cycle de discussions, quand une partie des loyalistes juge que les principaux compromis ont déjà été trouvés. "J'espère surtout qu'on va stabiliser le pays et qu'on va réussir à trouver un terrain d'entente", espère Barbara Meylan, 53 ans, venue voter à l'Anse Vata, dans les quartiers sud de Nouméa, avec une procuration. "Il est primordial, ce scrutin, et il y a beaucoup d'attente."

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