Responsabilité politique : l'édito qui accuse Lecornu
Responsabilité politique : l'édito qui accuse Lecornu

Dans son éditorial publié le 24 octobre 2026, Baptiste Bize, directeur de la rédaction, dénonce la stratégie du Premier ministre Sébastien Lecornu qui s'abrite derrière la « responsabilité individuelle » pour éluder sa responsabilité politique dans le fiasco du maintien de l'ordre du 17 octobre. Pour le journaliste, ce refus d'assumer affaiblit les institutions que les membres du gouvernement prétendent servir.

Un Premier ministre qui se défausse

Interpellé mardi à l'Assemblée nationale, Sébastien Lecornu a répondu aux critiques en invoquant la « responsabilité individuelle » des casseurs et des pilleurs. « Lorsqu'il y a des dégradations et des pillages, les casseurs, les pilleurs sont responsables – et non les pouvoirs publics, comme le laisse croire la rhétorique de certains », s'est-il défendu. Une formule qui rappelle le « Tu casses, tu répares, tu salis, tu nettoies » de son prédécesseur Gabriel Attal.

Cette position, estime Baptiste Bize, ne saurait exonérer le gouvernement de sa responsabilité politique. La protection des citoyens est pourtant au cœur des missions de l'État. Les casseurs et les pilleurs sont responsables de leurs actes, les mouvements d'ultragauche des violences, les parents de l'éducation de leurs enfants, mais le ministre de l'Intérieur est responsable du fiasco de la sécurité publique.

Des démissions qui auraient dû être acceptées

Le directeur de la rédaction estime que le président de la République aurait dû accepter la démission du ministre de l'Intérieur. Il en va de même pour d'autres membres du gouvernement : la ministre de la transition écologique, après sa sortie publique contre la réintroduction de pesticides interdits l'été dernier, et le garde des Sceaux, après avoir reconnu les défaillances de son ministère suite à la mort de la petite Lyhanna.

« Un ministre est réputé comptable de l'action de ses services. Lorsqu'un dysfonctionnement grave survient, qu'une crise est mal gérée ou qu'un scandale éclate, l'usage veut qu'il présente sa démission », écrit Baptiste Bize. Il en va de l'autorité de l'administration et du bon fonctionnement de la démocratie.

L'exemple d'Emmanuel Macron

L'éditorial va plus loin en estimant qu'Emmanuel Macron aurait dû montrer l'exemple après le coup de poker perdu de la dissolution de 2024, en assumant sa responsabilité et en démissionnant. En s'accrochant au pouvoir, le président et ses ministres affaiblissent les institutions qu'ils prétendent servir. Ils paraissent dès lors bien mal placés pour renvoyer les casseurs et les pilleurs à leurs propres responsabilités.

À Nice, vingt-deux commerces ont été pillés lors des émeutes du 17 octobre, en marge de la manifestation contre la vie chère, illustrant l'ampleur des dégâts. Cette situation interpelle sur l'efficacité du dispositif de maintien de l'ordre et sur la nécessité pour le gouvernement de répondre de ses actes devant la nation.