Nice : la droite accuse LFI, la gauche dénonce une « outrance »
Nice : la droite accuse LFI, la gauche dénonce une « outrance »

Au lendemain des violences urbaines qui ont saccagé le centre-ville de Nice, la fracture politique s'est creusée. La droite et l'extrême droite imputent la responsabilité des dégradations à l'extrême gauche et à La France insoumise (LFI), tandis que la gauche et une partie de la jeunesse dénoncent une instrumentalisation et une « outrance verbale » du maire Éric Ciotti, tout en pointant le rôle de l'ultra-droite locale.

Des accusations « ridicules » selon les insoumis

Éric Ciotti, maire de Nice, a qualifié les violences de « barbarie soulevée par l'extrême gauche », évoquant une tentative d'« insurrection » ou d'« intifada française ». Des propos jugés « ridicules » par Olivier Salerno, leader insoumis niçois : « Dans une même phrase, il case islamiste, intifada, LFI… Il veut se détacher de Christian Estrosi, mais ils sont raccord dans l'outrance verbale, dans la surenchère. Avec eux, les mots n'ont plus de valeur. »

Pour l'ancien candidat aux législatives, cette posture répond à un agenda précis : « C'est un contre-feu après la séquence sur les écrits antisémites de Jordan Bardella et sa proximité avec les réseaux soraliens. Et on peut voir que ces réseaux sont toujours là, que c'est profondément ancré au Rassemblement national. »

La gauche dénonce un « bouc émissaire »

Julien Picot, conseiller municipal et patron du PCF 06, estime que l'accusation ne tient pas. « À Nice, les manifestations se déroulent traditionnellement dans le calme grâce aux organisations syndicales qui ont toujours pris leurs responsabilités pour encadrer les cortèges. Plutôt que d'apaiser les tensions, Éric Ciotti désigne la gauche comme bouc émissaire. » Il ajoute que la stratégie du maire « semble se résumer à préparer l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir, avec, en ligne de mire, le ministère de l'Intérieur sous une éventuelle présidence de Marine Le Pen ».

Sur le terrain, les jeunes manifestants renvoient dos à dos les politiques. Milo, étudiant en lettres et sympathisant insoumis, explique : « Il leur faut un bouc émissaire, pour ne pas avouer qu'ils sont en faillite totale, au niveau social et sécuritaire. La jeunesse a mal. Il y a ceux qui vont manifester pour réclamer des conditions d'études décentes, et là on est en phase avec les partis de gauche qui nous soutiennent. Et il y a ceux qui ont la rage et qui viennent tout casser. Il ne faut pas mélanger. »

La colère de la jeunesse et le rôle de l'ultra-droite

Adèle, une autre étudiante, ne cautionne pas les émeutes mais les comprend : « Le chaos, ce n'est pas nous. On veut simplement dire qu'on est à bout, qu'on en peut plus de ce monde-là. On veut juste une chance de faire mieux. En retour, on a que du mépris des politiques. Ceux qui manifestent, ceux qui cassent, en fait ils ont le même message : on veut, nous aussi, avoir une chance ! »

Milo, lui, refuse que LFI serve de « cible facile » et pointe la responsabilité « occultée » des groupuscules radicaux d'extrême droite. « Ils étaient en embuscade, ils ont cherché la merde. Ils ont frappé, tabassé. Un militant de gauche est sérieusement blessé. Étrangement, j'ai pas entendu Ciotti et ses potes dénoncer ces jeunes-là. »

Olivier Salerno confirme la présence de l'ultra-droite : « L'ultra-droite vit son récit, celui d'une France à feu et à sang en pleine guerre raciale. Après l'entraînement, ils jouent le match. » Il estime que l'extrême droite a « sa part de responsabilité », mais qu'elle n'était pas « en nombre suffisant pour produire ce qu'on a ensuite vu », avançant « peut-être une dizaine » de personnes.

Un jeune homme membre d'un ancien groupuscule d'ultra-droite, habitant la vallée du Paillon, a annoncé qu'il sera présent samedi avec « une bonne vingtaine de personnes ». « On cible les anti-fa, ceux qui ont des drapeaux palestiniens, ça n'a rien à foutre chez nous. Ils sont prévenus, samedi on sera plus nombreux, on ira au contact, si tu viens pour casser, tu te feras casser », a-t-il menacé.