Mythe de l'homme providentiel : survivra-t-il à la présidentielle de 2026 ?
Mythe de l'homme providentiel : survivra-t-il en 2026 ?

C’est une figure récurrente de la vie politique française : l’homme providentiel, plutôt que la femme. L’échéance qui se profile sonnera-t-elle le glas de ce mythe bien français ? À un an de la présidentielle, ce printemps 2026 voit le bourgeonnement des candidatures. Une quarantaine à ce stade. Comme le lapin dans les phares, les acteurs de la vie politique ont les yeux rivés à cet objet unique : l’élection reine, le rendez-vous politique cardinal.

Un mythe persistant

Il obéit à une règle édictée par le général de Gaulle : « La rencontre d’un homme et d’un peuple ». Elle n’a pas pris une ride. Proposition qui, à elle seule, réactive le fantasme de l’homme providentiel. Figure récurrente de l’imaginaire français. « Un personnage qui apparaît dans les périodes de crises, et qui se présente comme le sauveur ultime chargé d’une sorte de mission historique ou divine », selon la définition de l’historien Jean Garrigues. Figure pour le moins genrée : hormis Jeanne d’Arc, le rôle se conjugue au masculin : Bonaparte, Clemenceau, Gambetta, Mendès, Pétain, de Gaulle…

Mythe et rites

« Le mythe fonctionne toujours. Les partis l’appliquent avec la précision de l’horlogerie suisse. On réactive sans cesse cet imaginaire. Mais il y a aujourd’hui un hiatus : un homme providentiel suffira-t-il à régler la crise de foi dans le politique qui touche le pays ? », interroge Ludovic Renard, politologue à Sciences Po Bordeaux. Certaines candidatures jouent à plein sur cette corde sensible, d’autant plus à l’ère des populismes. On le constate aux extrêmes. L’échéance judiciaire qui attend Marine Le Pen pourrait l’empêcher de féminiser la fonction. Par défaut, ce sera Jordan Bardella. De l’autre côté de l’échiquier, Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise, repart pour une quatrième campagne. Et se pose comme l’unique rempart de gauche face au RN.

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Eux, comme les autres, ne manqueront pas de sacrifier aux rites d’une candidature : ratisser le pays à la rencontre des Français, quelques incursions à l’étranger pour la stature internationale et l’écriture d’un livre… Édouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau sont lancés. Raphaël Glucksmann ne devrait pas tarder. Il est l’un des éléments de l’équation à plusieurs inconnues de la gauche modérée, tandis qu’au PS, on s’écharpe, comme souvent, faute de figure incontournable. « Il y a cette coquetterie de dire qu’il faut parler du “quoi” avant le “qui”. Or cela s’est toujours passé de manière inverse : Mitterrand, Chirac, Sarkozy et même Macron. Le “qui” est fondamental dans une présidentielle, encore faut-il qu’il ait du fond », observe Philippe Buisson, maire de Libourne, proche de François Hollande.

Promesses…

Les enquêtes d’opinion renseignent sur un désir d’autorité de plus en plus prégnant, auquel s’ajoute une fascination pour la grandeur qui vient en écho à une nostalgie inavouée pour la monarchie. Autant d’éléments qui pourraient faire le lit d’un recours à l’homme providentiel ? « Sauf que le roi n’était pas élu et revêtait une dimension sacrée, constate Luc Rouban, politologue et directeur de recherche au CNRS. Qu’il s’agisse de Bonaparte, Clemenceau ou de Gaulle, vous aviez un immense respect pour les institutions. Là où les choses changent, c’est qu’on assiste à une désacralisation des institutions. Les Français veulent de l’autorité pas de l’autoritarisme, ils souhaitent surtout de l’efficacité de l’action publique car elle fait aujourd’hui défaut. Leur regard est devenu extrêmement critique vis-à-vis du personnel politique. La figure même de l’homme providentiel a du plomb dans l’aile. »

Le dernier baromètre de la confiance politique du Cevipof enregistre un score historiquement bas : 22 % des Français déclarent avoir confiance dans la politique. La parole de ses représentants s’est démonétisée : « “La fracture sociale”, “Mon ennemi, c’est la finance”, “Le nouveau monde”… Et dernièrement, le retour au parlementarisme de la IIIe République, totalement raté. Des promesses déçues ont braqué les Français », poursuit-il.

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Un avenir incertain

Les candidats à la présidentielle pourront-ils, oseront-ils, tout promettre durant cette année de campagne qui sépare de l’échéance ? Luc Rouban considère cette élection en tous points différente des précédentes : « Elle s’inscrit dans un processus historique important : celui d’une refonte du rapport au politique ». Au cas où ils ne l’auraient pas compris, une réalité, froide comme un bilan comptable, sonnera le rappel avant le scrutin, pour le meilleur, après pour le pire : l’état désastreux des finances publiques et de l’endettement. L’histoire a ce mérite, elle éclaire l’avenir : l’homme, fût-il providentiel, n’a pas de pouvoirs magiques.