Mélenchon contre-attaque après les critiques sur la Jeune Garde, divisant la gauche
Mélenchon défend la Jeune Garde et divise la gauche

Le ton monte à l'Assemblée après les accusations de Darmanin

Ce mardi à l'Assemblée nationale, l'atmosphère était électrique. Les députés de La France insoumise (LFI) sont restés silencieux, le regard sombre, pianotant sur leurs téléphones tandis que le ministre de la Justice Gérald Darmanin les attaquait frontalement. « Je veux penser à ceux qui arment moralement les armes des tueurs. L'ultra-gauche tue, et LFI devrait le condamner », a lancé le ministre, pointant du doigt l'implication présumée d'ex-membres de la Jeune Garde dans le lynchage mortel de Quentin Deranque, militant nationaliste, la semaine dernière à Lyon.

La Jeune Garde au cœur de la polémique

Ce groupuscule « antifasciste », cofondé par le député LFI Raphaël Arnault avant sa dissolution en juin 2025 par Bruno Retailleau, place désormais LFI sous le feu des critiques. Mais loin de faire amende honorable, Jean-Luc Mélenchon a sonné la contre-attaque quelques heures plus tard avec une véhémence remarquée. Le tribun a certes appelé au « sang-froid » et dénoncé la « violence », mais il a surtout réaffirmé son soutien indéfectible à Raphaël Arnault, dépeint comme « travailleur », et à la Jeune Garde. « Nous approuvons leur résistance, nous approuvons leur organisation, quand bien même des divergences nous séparent », a-t-il claironné.

Des divisions internes qui s'accentuent

Ces propos tranchent radicalement avec ceux tenus par l'eurodéputée LFI Rima Hassan qui, dans les colonnes de L'Opinion, semble prendre ses distances avec cette organisation. « Je peux comprendre qu'on demande des comptes à la Jeune Garde, évidemment. J'ai été la première de LFI à exprimer une condamnation ferme de ces violences. Moi, je coopère uniquement avec les services d'ordre de LFI. Je n'ai jamais fait appel à la Jeune Garde », a-t-elle précisé, ajoutant avoir exprimé son mécontentement à Raphaël Arnault concernant leur présence par le passé.

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Pour le patriarche insoumis, cependant, aucune excuse n'est envisageable. « C'est nous qui sommes agressés », a-t-il expliqué dimanche, rappelant les dégradations de permanences de LFI. Mardi, il a même accusé la puissance publique d'être responsable de ce qui s'est passé à Lyon, estimant qu'elle n'a pas assumé son rôle de protection.

Une stratégie de forteresse assiégée

« Chez Mélenchon, il y a une règle : on ne s'excuse pas, on ne recule pas », analyse la sénatrice socialiste Laurence Rossignol, qui l'a bien connu au PS. « Toute l'architecture de son organisation politique est construite sur la forteresse assiégée. Et si on est assiégés, c'est qu'on a raison ». Cette mentalité insoumise, irriguée par les théories de la philosophe Chantal Mouffe qui envisage la politique comme une scène d'agôn mêlant combat et conflictualité, se manifeste pleinement dans cette crise.

Alors que certains attendaient un recentrage à un an de la présidentielle, Mélenchon continue de déchirer la gauche. « On pouvait imaginer qu'à un an de la présidentielle, Mélenchon pose son blouson de loubard pour enfiler sa veste de petit père des peuples », poursuit Laurence Rossignol. « Or, dès le début de la campagne municipale, on a compris que ça ne se passerait pas comme ça. Ils ont choisi une stratégie très conflictualisante ».

Le verrouillage des critiques internes

La stratégie semble claire : cliver pour mieux régner sur son camp, faire taire les critiques et verrouiller les doutes. « Quand, réunion après réunion, tu es abreuvé par le même discours, tu ne peux pas te faire le tien », soupire un député éjecté de LFI aux dernières législatives. « Tout ce qu'entreprend Mélenchon depuis 48h est destiné à faire taire tous ceux qui pourraient exprimer des doutes », renchérit Laurence Rossignol.

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Quel impact pour 2027 ?

Ces accusations de « brutalisation du débat public » peuvent-elles affaiblir durablement Mélenchon pour la présidentielle de 2027 ? Rien n'est moins sûr. « Je doute que la mort de Quentin ait des effets politiques sur LFI. On n'est pas à quinze jours du premier tour. Beaucoup d'eau aura coulé sous les ponts d'ici là », anticipe le politologue Pierre Martin, qui souligne que « Jean-Luc Mélenchon a un socle alors qu'Olivier Faure n'en a pas ».

Le pari de Mélenchon repose sur la consolidation d'un noyau dur représentant 10 à 13 % de l'électorat, avec l'espoir d'atteindre les 15 % nécessaires pour accéder au second tour grâce à une dynamique de campagne. « Il ne faut pas sous-estimer Jean-Luc Mélenchon. On a vu qu'il pouvait incarner le vote utile à gauche et remonter dans les sondages », reconnaît-on dans l'entourage de Gabriel Attal.

Le risque d'un handicap face à l'extrême droite

Mais cette fuite en avant auprès de sa base pourrait se transformer en lourd handicap pour rassembler largement face à l'extrême droite. Dans cette configuration, les sondages ne créditent Mélenchon que d'à peine 30 % des voix. « Mélenchon est devenu le pire candidat de second tour contre Bardella », déplore le député Place Publique Sacha Houlié. « Si c'est Mélenchon en face, Bardella l'écrase », renchérit Jean-Christophe Cambadélis, ancien premier secrétaire du PS.

Ce serait pourtant l'aboutissement d'une stratégie élaborée depuis plus de quinze ans : remplacer le PS à gauche, mettre fin au macronisme, pour se retrouver finalement seul face au Rassemblement National. Comme le disait Mélenchon le soir du premier tour des législatives de 2024 : « Nous y sommes : c'est eux ou nous. Il n'y a rien au milieu ». Une vision manichéenne qui, aujourd'hui plus que jamais, divise profondément la gauche française à l'approche d'échéances électorales cruciales.