Le Premier ministre Sébastien Lecornu est sous pression après les émeutes du 17 octobre, qui ont révélé des « défaillances d’anticipation » selon Emmanuel Macron. Face à une crise sociale ouverte depuis la mi-septembre, le chef du gouvernement doit désormais reprendre le contrôle, tant dans la rue que dans la gestion du pays, à six mois de la présidentielle.
Un Premier ministre dépassé par les événements
Homme de dossiers, discret et méthodique, Sébastien Lecornu préfère la longue besogne aux projecteurs. Sa réputation est bâtie sur le travail de fond, une qualité précieuse pour faire passer un budget. Mais quand le pays s’embrase, ces qualités ne suffisent plus. La rue, le 17 octobre, l’a comme pris par surprise, malgré des signaux qui n’étaient finalement pas si faibles les semaines précédentes.
Samedi dernier, des centaines de milliers de Français ont défilé contre la vie chère. Avant eux, il y avait eu les lycéens et les prémices d’une infiltration de la violence. Puis sont venus les pillages, les mairies attaquées, les 150 policiers et gendarmes blessés et plus de 2000 interpellations. Dans cette séquence, le chef du gouvernement a donné l’impression de courir derrière les événements.
Des réponses jugées insuffisantes
D’abord, Sébastien Lecornu a semblé ne pas avoir compris la colère sociale qui montait depuis la mi-septembre. Comme si Matignon avait considéré qu’il ne s’agissait que d’un bruit de fond destiné à s’éteindre. Il n’est pas venu en première ligne, il n’a pas reçu les lycéens, il n’a pas pris de mesures contre la vie chère. Même lorsque les violences ont éclaté, sa réponse par la fermeté arrive comme à contretemps.
Les mesures annoncées – couvre-feux localisés, attaque de l’ultragauche, accélération du projet de loi « casseurs-payeurs » – montrent que la politique ne consiste pas à courir après les événements. Autre signe de cette difficulté à tenir la barre : face aux représentants des grands partis reçus ce jeudi, Sébastien Lecornu n’a parlé que de sécurité. Pourtant, ce qui a poussé les Français dans la rue, ce sont les prix, les fins de mois difficiles, l’usure et ce « moment de fatigue » qu’il a lui-même concédé.
Une occasion manquée et un défi présidentiel
Il fallait répondre à la violence, mais aussi faire un pas vers les Français et leur ras-le-bol. Cette occasion a été manquée. À six mois de la présidentielle, avec un « acte II » annoncé samedi, le Premier ministre doit reprendre le contrôle. Dans la rue, bien sûr, pour éviter de revivre le chaos de la semaine passée, mais aussi pour apporter des réponses à la colère sociale.
Sa responsabilité est désormais de créer les conditions d’une campagne la moins délétère possible, pour que le débat porte sur l’avenir du pays. Probablement un vœu pieux, mais c’est aussi à cela que se mesurera son bilan à Matignon.