L'antifascisme historique face à l'extrême droite contemporaine : une stratégie dépassée
Dans le débat politique français actuel, la gauche a traditionnellement mobilisé l'imaginaire antifasciste pour contrer la montée du Rassemblement national et des mouvements d'extrême droite. Cependant, selon l'analyse de Guillaume Duval, ancien rédacteur en chef d'Alternatives économiques, cette approche fondée sur les références historiques des années 1920 et 1930 a largement perdu de son efficacité.
Un imaginaire qui ne résonne plus avec les réalités contemporaines
Près d'un siècle nous sépare désormais de l'époque du fascisme historique. Plus de trois générations ont passé, et avec la disparition des derniers témoins directs de cette période, elle est entrée dans le domaine de l'histoire académique, au même titre que la Commune de Paris ou la Révolution française. Bien que les images mobilisées par cet antifascisme traditionnel restent fortes symboliquement, elles ne correspondent plus à des souvenirs précis et concrets chez les citoyens d'aujourd'hui.
La capacité de mobilisation réelle que peut susciter cette évocation historique est devenue extrêmement limitée en pratique. Même dans les années 1960 et 1970, où cette référence avait encore joué un rôle important durant la guerre d'Algérie ou Mai-68, les assimilations hâtives comme le fameux "CRS = SS" prêtaient souvent à confusion et affaiblissaient le message.
Des différences contextuelles fondamentales
La mobilisation de cet imaginaire antifasciste s'avère peu efficace également parce que les différences entre l'extrême droite d'hier et celle d'aujourd'hui sont massives et réelles. Notre époque contemporaine ne connaît rien de comparable au drame absolu de la Première Guerre mondiale et ses suites, notamment la révolution russe et le traité de Versailles qui ont brutalement remodelé l'Europe.
Rien de comparable non plus aux affrontements internes majeurs qui ont émaillé les années 1920 dans la plupart des pays européens. Rien de comparable, enfin, avec la violence de la crise économique de 1929 et ses conséquences dévastatrices à une époque où l'État social était encore partout balbutiant. Ces différences contextuelles majeures contribuent à décrédibiliser le discours antifasciste classique et son folklore d'un autre âge.
Une extrême droite moderne potentiellement plus dangereuse
Faut-il en conclure que les extrêmes droites contemporaines seraient moins dangereuses que celles qui ont ravagé l'Europe au siècle dernier ? Absolument pas. Au contraire, selon l'analyse de Guillaume Duval, l'alliance entre les géants de la technologie et l'extrême droite suprémaciste et masculiniste moderne ouvre des perspectives véritablement terrifiantes.
Ensemble, ces forces sont capables de mettre en place des systèmes autoritaires beaucoup plus efficaces et intrusifs que leurs ancêtres fascistes des années 1930. À côté du potentiel de nuisance d'une police de l'immigration appuyée par l'intelligence artificielle et la surveillance des réseaux sociaux, les moyens d'action de la Gestapo et des SA paraîtraient presque artisanaux.
Les conflits que cette extrême droite moderne est en train de déclencher ou d'alimenter un peu partout dans le monde risquent de devenir plus meurtriers encore, compte tenu des armes de destruction massive disponibles aujourd'hui, notamment l'arme nucléaire. Sans oublier que la volonté de cette extrême droite d'entraver la lutte contre la crise écologique, et particulièrement contre le changement climatique, risque simplement de précipiter la fin de l'humanité.
Une nouvelle stratégie de combat nécessaire
C'est donc au nom des dangers que cette extrême droite représente aujourd'hui et des menaces qu'elle fait peser sur l'avenir de l'humanité qu'il faut la combattre. Ce n'est pas en agitant les spectres de Mussolini ou de Hitler qu'il faut mener cette bataille, mais sur la base des innombrables crimes que commettent déjà chaque jour les régimes d'extrême droite contemporains.
La stratégie efficace consiste à s'appuyer sur les actions concrètes des Donald Trump, Vladimir Poutine ou Benyamin Netanyahou, soutenus par tous les Elon Musk, Peter Thiel et autres apprentis sorciers du monde technologique. C'est cette approche, fondée sur les réalités actuelles plutôt que sur des références historiques lointaines, qui permettra de faire prendre conscience aux citoyens du danger mortel que représenterait la victoire du Rassemblement national en 2027 pour les droits et les libertés, en France, en Europe et dans le monde.
La lutte contre l'extrême droite moderne exige donc un renouvellement complet des stratégies et des références, passant d'un antifascisme historique à un combat fondé sur les menaces contemporaines et les crimes actuels commis par ces mouvements et régimes.



