La Première ministre japonaise Sanae Takaichi a franchi une étape décisive dans son projet de renforcement du renseignement national. Le 27 mai, la Diète, le Parlement japonais, a adopté la loi instaurant un Conseil national du renseignement. Cette nouvelle entité, qui sera opérationnelle dès juillet, sera présidée par la Première ministre elle-même et réunira plusieurs ministres clés, notamment ceux de la Justice, des Affaires étrangères, des Finances, de l'Industrie, des Transports et de la Défense.
Centralisation et lutte contre le cloisonnement
La mission principale du Conseil est de centraliser les informations liées au renseignement et de mettre fin aux cloisonnements entre les organismes existants, tels que l'Agence nationale de police, le ministère des Affaires étrangères, le ministère de la Défense et l'Agence de sécurité publique. Il devra également enquêter sur les opérations de renseignement étrangères, en particulier les opérations d'influence menées par des espions étrangers.
Membre du Parti libéral-démocrate et héritière politique de Shinzo Abe, la très conservatrice Première ministre s'était fixé cet objectif ambitieux dès son arrivée au pouvoir en octobre dernier. Elle partait du constat, établi depuis des décennies, de la dispersion du renseignement en de nombreuses entités travaillant sans véritable coopération. Plusieurs facteurs ont motivé cette réforme : des ratés récents de l'Agence de renseignement de la sécurité publique, l'arrestation de 17 hommes d'affaires japonais en Chine depuis 2014 dans le cadre d'une chasse aux espions menée par Xi Jinping, et l'incertitude entourant l'implication américaine auprès de Tokyo.
Inquiétudes de l'opposition et de la Chine
Les partis d'opposition ont exprimé leur inquiétude face aux pouvoirs de la nouvelle entité, craignant une intensification de la surveillance des citoyens et une atteinte à la liberté d'expression et au droit à la vie privée. Le Japon a adopté en 2013 une loi sur la protection des informations sensibles, mais l'opposition réclame un contrôle parlementaire des pouvoirs du Conseil, une demande à laquelle le gouvernement n'a pas accédé.
Sanae Takaichi a réfuté ces craintes : "Il s'agit d'activités de renseignement contribuant à la gestion des affaires de l'État, notamment en matière de sécurité nationale et de lutte contre le terrorisme. Je ne donnerai aucune instruction qui ne repose pas sur ces principes, il n'y aura donc pas d'atteinte inutile à la vie privée." Elle a également annoncé que le Conseil établirait un document définissant ses orientations à moyen et long terme, incluant des mesures pour prévenir toute atteinte aux droits des citoyens.
Les préoccupations viennent aussi de l'étranger. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mao Ning, cité par l'agence Xinhua, a exprimé les réserves de Pékin : "Historiquement, les agences d'intelligence japonaises ont aidé à poser les fondements du militarisme japonais et de sa guerre d'agression, et ont commis d'innombrables crimes contre les pays voisins d'Asie et le peuple japonais lui-même."
Vers une agence centrale de renseignement extérieur
La Première ministre ne compte pas s'arrêter là. Jugeant nécessaire de réprimer les activités de renseignement menées par des puissances étrangères, elle envisage de créer une véritable agence centrale de renseignement extérieur, sur le modèle de la CIA américaine. Il est à noter que l'article 9 de la Constitution japonaise interdit l'entretien d'une armée, mais le pays dispose de forces d'autodéfense. Enfin, le Japon aspire à rejoindre le Five Eyes, l'alliance de renseignement regroupant les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada.



