Cabanel : adapter l'agriculture au climat, pas opposer les modèles
Cabanel : adapter l'agriculture au climat, pas opposer

Le sénateur de l'Hérault Henri Cabanel a voté la loi Duplomb 2. Une décision qu'il justifie dans un entretien à Midi Libre, en appelant à regarder le contenu réel du texte plutôt que les réactions qu'il suscite. « Ce qui me choque, aujourd'hui, c'est la disproportionnalité des réactions que provoque cette décision par rapport à la réalité des situations », déclare l'ancien viticulteur bio, qui a cédé son exploitation à l'un de ses enfants.

Le texte, intégré à la loi d'urgence agricole, réintroduit deux substances issues de la famille des néonicotinoïdes : l'acétamipride et le flupyradifurone. Une décision limitée, selon le sénateur, à quatre filières précises : la noisette, la pomme, la cerise et la betterave. « Ces filières sont dans une impasse technique au niveau de certains ravageurs », insiste-t-il.

Un vote cohérent pour un ancien bio

Henri Cabanel rappelle qu'il avait voté, en 2016, l'arrêt des néonicotinoïdes. Aujourd'hui, il dit exercer son « devoir de nuance ». Il raconte la visite d'un producteur de pommes à Marsillargues, en présence de la préfète : « Ne voyant aucune solution au puceron cendré, il a été obligé d'arracher sa parcelle. » Pour lui, le retrait de ces substances est intervenu « par une décision politique et non pas de sécurité alimentaire ».

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Interrogé sur les risques pour la santé, il répond que les scientifiques « se contredisent ». « La seule association habilitée, c'est l'Anses, mon devoir est de lui faire confiance, elle n'a pas interdit la mise en marché de ces produits. » Il ajoute que l'Efsa, l'agence européenne de sécurité des aliments, a autorisé l'acétamipride et le flupyradifurone jusqu'en 2033, et que la France est le seul pays membre à ne pas les utiliser : « On n'a pas le droit de prendre les agriculteurs en otage. »

Une pétition à 2 millions de signatures, mais 1,5 % des surfaces

Face à la pétition historique qui a recueilli 2 millions de signatures contre la loi Duplomb, le sénateur oppose des chiffres. « La surface agricole utile de la France, c'est 28 millions d'hectares. Les quatre filières, par dérogation et sous l'autorité de l'Anses, représentent 440 000 hectares, soit 1,5 % de la surface agricole utile de la France. » Il assure que beaucoup de signataires, après discussion, ont compris qu'ils n'avaient pas « tout compris ».

Henri Cabanel dénonce aussi la « démagogie » de certains partis politiques, qui combattent la surtransposition européenne tout en votant des surtranspositions européennes. Selon lui, le combat contre les pesticides dangereux doit se mener au niveau européen, puisque l'agriculture française dépend à 90 % des règles de l'Union européenne. « On doit faire confiance aux agences nationales et internationales de sécurité », ajoute-t-il.

Irrigation et restructuration des sols : le vrai enjeu

Au-delà des pesticides, le sénateur se félicite des avancées sur l'eau, mais pose une condition : « Je suis pour le stockage, l'irrigation, mais il faut se poser la question de pour quoi faire ? » Il avait fait passer en commission un article sur la restructuration des sols, qu'il juge indispensable pour l'adaptation au changement climatique. « Si on autorise l'irrigation sans restructurer les sols, c'est comme si on mettait de l'eau dans le sable, l'efficience de l'irrigation est quasiment nulle. » L'article a été retiré « sous la pression de la FNSEA », regrette-t-il.

Contre une agriculture productiviste, il se dit opposé à irriguer pour « faire du 200 hectos l'hectare ». L'irrigation doit servir à « maintenir des rendements viables » pour des exploitations viables, dans un contexte de canicules dévastatrices. Il rappelle que, l'hiver dans l'Hérault, de nombreuses précipitations sont parties à la mer faute de stockage.

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Une vision stratégique pour l'agriculture française

Henri Cabanel déplore l'absence d'une « grande loi agricole », comparable à la loi de programmation militaire pour la défense. « L'agriculture est aussi importante que la défense, on parle de souveraineté alimentaire. » Selon lui, les trois grands axes — adaptation, revenu des agriculteurs, souveraineté alimentaire — sont absents du texte, traité « par silot ».

Il cite les chiffres du bio : « 15 % des exploitations sont en bio et cela représente 8 % des quantités, nous sommes aujourd'hui sur des volumes bio qui ne nous permettent malheureusement pas d'assurer la souveraineté alimentaire. » D'où sa conviction : « Il ne faut surtout pas opposer les agricultures mais avoir un but précis : l'adaptation au changement climatique. » Cela passe, selon lui, par des pratiques moins intensives et plus respectueuses des sols.

Face aux lobbies, un appel au courage

Le sénateur n'hésite pas à nommer les syndicats agricoles : « La FNSEA et la Coordination rurale n'ont, comme vision principale, que les rendements. Je m'oppose à cela. » Il affirme que les agriculteurs français ne craignent pas la compétitivité, mais veulent « travailler avec les mêmes règles européennes ».

À l'approche de la fin de son mandat, Henri Cabanel lance un appel à ses collègues de la commission des affaires économiques : « Je souhaite à mes collègues, à ceux qui ont travaillé avec moi à la commission des affaires économiques, d'un peu plus de raison garder et, surtout, beaucoup de courage pour aller au bout des convictions. Cela manque aujourd'hui. »

Une prise de position qui ne manquera pas de relancer le débat, alors que la loi Duplomb 2 continue de cristalliser les oppositions, notamment dans l'Hérault où la mairie de Lodève a refusé l'espace public au collectif contre le texte.