Un hommage national qui réunit la gauche plurielle
L'hommage national rendu à l'ancien Premier ministre Lionel Jospin a provoqué des retrouvailles exceptionnelles entre les anciens ministres de son gouvernement. La « gauche plurielle » s'est reconstituée jeudi 26 mars aux Invalides, le temps d'une cérémonie en l'honneur de celui qui réussit à la rassembler au gouvernement entre 1997 et 2002. Ce moment rappelle un souvenir ancien pour un camp politique qui se déchire plus souvent qu'il ne s'unit aujourd'hui.
Des retrouvailles symboliques dans la cour Sud du Dôme
Dans la cour Sud du Dôme, l'image est aussi forte que rare : Martine Aubry et Doministe Strauss-Kahn, les deux ministres emblématiques du gouvernement Jospin de 1997, surnommé par certains la « dream team », discutent en attendant le début de la cérémonie. Ce duo est associé aux emplois jeunes et aux 35 heures, des réformes marquantes de l'époque.
Martine Aubry, figure encore respectée et ancienne maire de Lille, échange avec Dominique Strauss-Kahn, un socialiste mis au ban par les siens depuis l'affaire du Sofitel de New York en 2011. Un autre ancien ministre, Jack Lang, plus récemment montré du doigt pour ses liens avec le criminel sexuel américain Jeffrey Epstein, a aussi fait le déplacement et prend le temps de répondre aux journalistes.
Le contraste avec les divisions actuelles de la gauche
De 1997 à 2002, Lionel Jospin, décédé dimanche à l'âge de 88 ans, avait réussi l'exploit de réunir les socialistes, les Verts, les communistes et les chevènementistes dans son gouvernement de cohabitation, sous la présidence de Jacques Chirac. Cette unité contraste fortement avec les divisions qui minent aujourd'hui les gauches radicale et sociale-démocrate, devenues pour certains « irréconciliables ».
Tous les anciens ministres de cette « gauche plurielle » étaient invités à l'hommage, et la plupart étaient présents. Martine Aubry, ex-ministre du Travail, insiste sur les « leçons » que la classe politique actuelle devrait tirer de « sa rigueur morale, son intégrité intellectuelle ». Dominique Strauss-Kahn salue « le souvenir d'un homme droit, construit, au service des autres […] un homme comme il y en a peu aujourd'hui ».
La présence des anciens ministres et figures politiques
Un « ami », disent-ils tous, sous l'œil de l'ancien président François Hollande, auquel Lionel Jospin avait laissé le soin de garder « la vieille maison », le Parti socialiste, pendant qu'il était à Matignon. Ceux qui furent les ministres socialistes sous la « gauche plurielle » sont venus :
- Pierre Moscovici
- Marylise Lebranchu
- Hubert Védrine
- Bernard Kouchner
- Catherine Trautmann
- Alain Richard
- Claude Bartolone
L'écologiste Dominique Voynet, ex-ministre de l'Environnement, discute avec sa lointaine successeure à la tête des Verts, Marine Tondelier. Le communiste Jean-Claude Gayssot, ex-ministre des Transports, est assis à côté de celui qui était à la tête du PCF à l'époque, Robert Hue.
Les absences notables de la cérémonie
Tous présents, donc, ou presque. Jean-Pierre Chevènement, 87 ans, est absent. Ministre de l'Intérieur de 1997 à 2000, il avait été pointé du doigt pour sa candidature à la présidentielle de 2002 qui, comme celle de Christiane Taubira, avait empêché Lionel Jospin de faire le plein des voix à gauche et contribué à l'exclure du second tour, au profit de Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen.
Jean-Luc Mélenchon n'est pas là non plus. Le leader de la gauche radicale aujourd'hui s'est d'abord plaint jeudi de ne pas avoir été invité, ce qu'ont démenti l'Élysée et les proches de l'ancien Premier ministre. L'ancien ministre de l'Enseignement professionnel (2000-2002) a ensuite assuré avoir été convié par SMS jeudi « matin », un délai trop court pour « être présent à Paris ». Il salue ainsi une dernière fois une des rares personnalités socialistes dont il ait constamment loué l'action.
Cette cérémonie aux Invalides a donc servi de rappel poignant d'une époque où la gauche française parvenait à s'unir autour d'un projet commun, contrastant avec les fractures profondes qui la caractérisent aujourd'hui.



