Municipales : les candidats Renaissance tentent de décrocher l'étiquette macroniste
Candidats Renaissance fuient l'étiquette macroniste aux municipales

La délicate équation des candidats Renaissance aux élections municipales

Il est fortement déconseillé de qualifier un candidat Renaissance aux élections municipales de "macroniste". Cette étiquette provoque immédiatement des réactions de gêne, voire d'agacement. Thomas Cazenave, l'ancien ministre bordelais, fronce les sourcils à cette mention. Antoine Armand, également issu de Bercy et candidat à Annecy, affiche une moue désapprobatrice. Quant à la députée Violette Spillebout, elle rétorque instantanément : « Non, non ! Moi, c'est "Faire respirer Lille" ! »

Une campagne de terrain loin des étiquettes partisanes

Fin janvier, sur le marché Sébastopol de Lille, Violette Spillebout distribue des tracts sans logo partisan, serre des mains, échange avec les commerçants. « I'm the next mayor of Lille », lance-t-elle à deux touristes interloquées. Un passant lâche : « Violette Spillebout, la mal-aimée, la macroniste ! » La parlementaire ignore la remarque. « On ne me ramène pas à ça. Ici, les gens me connaissent vraiment », affirme celle qui fut directrice de cabinet de Martine Aubry avant de rompre avec le PS en 2018.

La bataille pour les mairies s'annonce ardue pour ces trois parlementaires, marcheurs de la première heure propulsés après la victoire de 2017. Ils cherchent désormais à décoller l'étiquette macroniste, devenue « radioactive » selon leurs propres termes. Leur défi : exploiter le socle électoral d'Emmanuel Macron sans en assumer pleinement l'héritage.

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Emmanuel Macron, un repoussoir électoral

À Annecy, Antoine Armand énumère les « faillites » de la municipalité écologiste sortante : problèmes de circulation, places de stationnement transformées en latrines à ciel ouvert. « On ne nous parle pas du national », assure-t-il. Pourtant, Loubna, étudiante de 21 ans et sympathisante Renaissance, confie les difficultés à défendre sa candidature auprès de ses proches : « C'est un énorme frein. On nous répond : "De toute façon, c'est un macroniste, et il n'est pas né à Annecy !" »

À Bordeaux, dans le quartier du Grand-Parc où 42% des familles sont monoparentales et un quart des habitants au chômage, le rejet est similaire. « Macron, c'est un repoussoir. C'est le président des riches ! Je n'irai pas voter ! » maugrée Aby, conseillère en relation client.

Le retranchement sur les questions locales

Thomas Cazenave, lunettes rondes et accent ensoleillé, rencontre les habitants au local de l'Académie Younus, une association d'aide aux devoirs. « Vous les aidez pour Parcoursup ? Et pour les stages de troisième ? » demande-t-il avant de critiquer « les entreprises qui doivent prendre leurs responsabilités ». Assis près d'un point de deal, il développe son discours : « Ce n'est pas une élection partisane. On rassemble tous ceux qui pensent que Bordeaux doit emprunter un autre chemin. »

Les trois candidats rythment leur campagne sur des questions purement locales : à Annecy, la construction d'une piscine qui traîne ; à Lille, les inquiétudes sur un projet immobilier ; à Bordeaux, Claude, 93 ans, qui réclame des toilettes près du terrain de pétanque. « Je vous mettrai des pissotières ! » promet Thomas Cazenave.

L'indépendance d'esprit comme stratégie

Violette Spillebout affronte un maire sortant socialiste, des listes LFI et écologiste. Quand ses opposants attaquent son appartenance partisane, elle met en avant son « indépendance d'esprit » et rappelle qu'elle n'a pas voté la confiance au gouvernement Bayrou. « Je suis grande ! Ce qu'il y a en haut, moi, je m'en fiche ! » balaie-t-elle.

Un élu socialiste du Nord analyse : « Il y a une vraie sincérité dans son engagement pour Lille. Mais elle est vue comme la macroniste de service, qui a défendu la réforme des retraites et la loi immigration. Avec le rejet de la macronie, elle va être balayée. »

Un centre droit divisé qui complique la donne

La division du bloc central brouille les cartes à Bordeaux et Annecy. Thomas Cazenave doit composer avec la candidature de Philippe Dessertine, qui convoite le même électorat juppéiste de centre droit. « Si Philippe Dessertine décide d'aller jusqu'au bout, il fera gagner Pierre Hurmic », estime le candidat bordelais.

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À Annecy, Antoine Armand est talonné par Jean-Luc Rigaut, membre d'Horizons et ancien maire. « S'il y avait l'union, on serait loin devant. Rigaut veut sa revanche et serait prêt à s'allier à la liste écolo ! » déplorent ses soutiens.

La démacronisation en marche

Dans le local de campagne d'Antoine Armand, où l'on prépare des crêpes pour la Chandeleur, on croise des électeurs socialistes ou LR à tendance centriste. Mais l'heure est à la démacronisation. « On n'est plus macronistes, c'était un feu de paille ! » affirme Claude Adam, président des Vitrines d'Annecy.

Antoine Armand résume l'état d'esprit hors micro : « Le prochain qui me parle de Macron, je le jette dans le lac ! » Une formule qui illustre la distance que cherchent à prendre ces candidats avec l'Élysée, alors que les municipales approchent à grands pas.