Bardella réclame la dissolution des extrêmes violents malgré les liens de son parti
Bardella veut dissoudre les extrêmes violents, malgré les liens RN

Bardella exige la dissolution des extrêmes violents, une position mise à l'épreuve

"Si demain je suis chef du gouvernement, je prononcerai la dissolution des organisations d'ultragauche mais aussi d'ultradroite (...), parce que dans notre démocratie, il est inacceptable qu'on ouvre nos portes à des mouvements politiques qui cherchent à utiliser la violence pour faire plier le débat démocratique." Cette déclaration forte a été prononcée par Jordan Bardella, président du Rassemblement national, sur le plateau de CNews mercredi 18 février.

Un contexte tragique et des condamnations ciblées

Cette prise de position intervient six jours après la mort tragique de Quentin Deranque, un militant nationaliste lynché dans les rues de Lyon par plusieurs individus soupçonnés d'appartenir au mouvement d'ultragauche la Jeune Garde. Onze personnes ont été interpellées dans cette affaire, dont deux collaborateurs du député La France insoumise Raphaël Arnault, fondateur de la Jeune Garde et fiché S.

Lors d'une conférence de presse, Jordan Bardella a précisé sa pensée : "Je ne fais aucune différence entre la violence en politique qu'elle soit prônée par l'ultragauche ou l'ultradroite (...) dès lors qu'une organisation fait preuve d'une volonté manifeste d'agir en politique avec violence, elle n'a pas sa place dans le débat démocratique."

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La France insoumise dans une posture défensive

Face à ces déclarations, La France insoumise fait bloc derrière son leader. Jean-Luc Mélenchon, comme les principaux dirigeants du mouvement, adopte un discours victimaire et refuse de renier la Jeune Garde et le député Raphaël Arnault. Cette posture permet aujourd'hui au chef du parti d'extrême droite d'affirmer qu'"il existe un continuum politique entre les mouvements d'ultragauche violents et le mélenchonisme".

La présence embarrassante d'élus RN dans des rassemblements d'extrême droite

Cette position ferme de Jordan Bardella contraste avec la réalité sur le terrain. Le 15 février, l'organisation Les Natifs, née sur les cendres de Génération identitaire (groupuscule dissous en 2021 pour incitation à la haine et à la violence) et condamnée pour injure raciste, a appelé à un rassemblement pour rendre hommage à Quentin Deranque.

Sur la place de la Sorbonne, plusieurs élus RN ont répondu présent, aux côtés des différentes chapelles de l'extrême droite groupusculaire :

  • Les eurodéputés Philippe Olivier et Pierre-Romain Thionnet
  • Les députés Julien Limongi, Théo Bernhardt et Mattias Renault

Mediapart a également noté la présence du militant Marc de Cacqueray-Valménier, figure bien connue de la mouvance néofasciste condamnée pour violence à plusieurs reprises. Ces représentants de l'ultradroite violente, dont le RN demande pourtant la dissolution, côtoient ainsi des élus du parti.

Des collaborateurs problématiques au sein du RN

Le Rassemblement national peine visiblement à faire le ménage dans ses rangs. Régulièrement, des collaborateurs d'élus sont pointés du doigt pour leur appartenance à la mouvance radicale :

  1. En septembre 2024, le député du Var Philippe Schrek a dû se séparer de son collaborateur Raphaël Ayma, chef de file du mouvement identitaire Tenesoun, qui a divulgué le nom de plusieurs suspects dans l'affaire du meurtre de Quentin Deranque en précisant : "Que la justice s'en charge : sinon d'autres s'en chargeront."
  2. Le même élu avait précédemment collaboré avec Maylis de Cibon, organisatrice du défilé néofasciste C9M.
  3. Quelques mois plus tôt, le député José Evrard avait été critiqué pour avoir recruté Nina Smarandi, une habituée des milieux groupusculaires adepte de photos ornées de drapeaux à la croix celtique.

Pour chacun de ces cas, le Rassemblement national a attendu que la presse mentionne l'appartenance de ses collaborateurs à la mouvance groupusculaire pour les écarter. "On peut remercier les journalistes de faire notre travail de RH", plaisante même un élu RN.

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La Cocarde étudiante, une organisation satellite problématique

Une autre organisation satellite du parti d'extrême droite pose problème, y compris en interne : la Cocarde étudiante. Ce syndicat revendique l'héritage identitaire et ethno-différentialiste de la Nouvelle Droite et sert de pépinière pour le RN, dont sont issus plusieurs de ses cadres.

Implantée dans les universités, cette association gravite entre le milieu groupusculaire et les partis politiques. Ce mercredi, elle a cosigné une tribune dans Valeurs Actuelles avec les mouvements jeunes du Rassemblement national, de l'UDR (le parti d'Éric Ciotti) et de Reconquête (le parti d'Éric Zemmour).

Dans les prochains jours, elle organisera conjointement dans différents endroits de France des rassemblements en hommage à Quentin Deranque avec différents groupuscules identitaires, royalistes ou nationalistes-révolutionnaires, tels que l'Action Française, les Normaux, Tenesoun ou Defend Marseille.

Une porosité persistante entre le RN et la mouvance radicale

Ce nouveau signal confirme la porosité persistante entre le parti d'extrême droite et les représentants de la mouvance radicale. Mercredi, Jordan Bardella a refusé de condamner l'organisation conjointe de ces événements, indiquant que son critère était "l'appel à la violence et l'atteinte à l'intégrité physique".

Pourtant, il affirme simultanément : "Nous avons toujours combattu ces mouvements d'ultradroite, qui pendant de nombreuses années ont été très durs contre le RN, donc nous n'avons aucun lien avec ces gens-là." Comme souvent au RN, il semble nécessaire de distinguer le discours public de la réalité de l'arrière-boutique.

Interrogé sur la présence d'élus frontistes à la manifestation du 15 février, Jordan Bardella s'est contenté de déclarer : "Je ne connais pas ce groupuscule, mais je ne fais aucune différence entre l'ultragauche et l'ultradroite." Une réponse qui peine à masquer les contradictions entre les déclarations de principe et les pratiques observables sur le terrain.