Un entretien exclusif avec Donald Trump pour la biographie d'Elizabeth II
Pour achever sa nouvelle biographie consacrée à Elizabeth II, publiée à l’occasion du centième anniversaire de sa naissance le 21 avril, le journaliste Robert Hardman avait besoin d’une interview avec Donald Trump. À sa grande surprise, le président américain a répondu favorablement en l’invitant à passer deux jours dans sa résidence privée de Mar-a-Lago, juste avant Noël 2025.
Hardman a bénéficié d’une conjonction d’éléments favorables : l’admiration de Trump pour la dynastie britannique, son attrait pour le glamour et les ors de la monarchie, ses origines écossaises par sa mère, ainsi qu’un amour commun pour les paysages spectaculaires et les figures légendaires des terres écossaises. Les Windsor possèdent le château de Balmoral, tandis que Trump est propriétaire de deux hôtels-golf de championnat en Écosse.
Sur le plan diplomatique, la visite d’État prévue du roi Charles III aux États-Unis, du 27 au 30 avril, pour le 250e anniversaire de l’indépendance américaine, a probablement facilité l’obtention de cet entretien. Cette tournée vise à apaiser les tensions entre le Royaume-Uni et les États-Unis, exacerbées depuis le début de la guerre contre l’Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz. Le Premier ministre britannique Keir Starmer estime que seul le monarque peut parvenir à amadouer l’irascible président.
Des éloges mutuels, mais des divergences profondes
Dans l’interview, Trump ne tarit pas d’éloges sur Charles III : « Nous sommes très proches. J’ai un excellent rapport avec lui. C’est un type formidable, un vrai grand gentleman. Je suis émerveillé par son courage dans sa bataille contre le cancer. » Cependant, ce voyage officiel suscite des critiques au Royaume-Uni, où plus de la moitié des sujets y sont opposés. Face aux compliments attendus, le roi devra garder un visage impénétrable.
Prétendre que Charles III et Donald Trump partagent les mêmes idées est exagéré. Le monarque désapprouve les attaques de Trump contre la souveraineté du Canada (dont il est le chef d’État), ses insultes envers les soldats européens en Afghanistan, son islamophobie et son déni du changement climatique.
Le dîner à Mar-a-Lago et les confidences sur Elizabeth II
Trump a convié Hardman à un dîner « entre amis » avec Lou, le frère du pape, et son épouse (supporters de Maga), Stephen Miller (conseiller de Trump) et Eric Trump. Trump a présenté Hardman comme « le biographe attitré de la reine et du roi, dont je suis un grand fan. C’est un pro ».
Selon Hardman, Trump a qualifié Elizabeth II de « femme incroyable qui n’a jamais vraiment fait la moindre erreur. Elle m’appelait souvent. Elle m’aimait bien, je l’aimais bien et on parlait ensemble de longs moments. » Trump a demandé à la reine quel était son président favori parmi les treize qu’elle avait rencontrés. Elle a éludé : « Ils étaient tous d’agréable compagnie. » Même réponse pour ses Premiers ministres préférés : « Ils se valaient tous. Ils travaillaient très dur. »
Une admiration à sens unique ?
Trump a emmené Hardman voir le portrait d’Elizabeth II par Basia Hamilton, accroché dans la salle à manger de Mar-a-Lago. C’est la dernière pose de la reine avant sa mort, offerte par la peintre en 2019. Le tableau dégage une autorité naturelle.
Pourtant, l’admiration de Trump pour les Windsor est à sens unique. L’ancien Premier ministre travailliste James Callaghan disait d’eux : « Ils sont attentionnés mais ne vous donnent jamais d’amitié. »



