« Je ne devrais pas le dire parce que c’est illégal mais… C’est quelque chose d’extrêmement touchant que de regarder la mer avec ma mère dedans. » Depuis la terrasse de la Chèvre d’or, à Èze, Delphine Depardieu laisse la phrase s’envoler, presque à voix basse. Ses vacances d’enfance au Cannet, les cendres de sa mère dispersées au large de la baie de Cannes : la Côte d’Azur reste pour elle un retour, plus qu’une étape.
Ce début août, la comédienne de 47 ans est la marraine des Théâtrales d’Èze, dont la quatrième édition se tient du samedi 1er au mercredi 5 août sur l’Oppidum du col d’Èze. « Quand je vois les noms de ceux qui m’ont précédée, Francis Huster, Pierre Arditi ou Véronique Jannot, je me dis simplement : “Waouh…” Je vais essayer d’être à la hauteur », sourit-elle, entre humilité et fierté.
Une carrière construite pas à pas
Née à Cannes, fille du producteur Alain Depardieu et nièce de Gérard Depardieu, Delphine Depardieu a choisi de tracer sa propre route. Formée au Cours Simon puis auprès de Jean-Laurent Cochet, elle s’est imposée sur les planches grâce à un travail patient. L’an dernier, dans Les Liaisons dangereuses adaptées et mises en scène par Arnaud Denis, sa marquise de Merteuil, reprise deux jours avant la première, lui a valu un Molière puis le prix du Brigadier. « Cette Merteuil grandissait en moi depuis vingt ans. Il fallait toutes ces années de travail pour que je sois prête », confie-t-elle.
Ce prix, elle le raconte sans triomphalisme, comme l’aboutissement d’une méthode : « Je dis toujours à mes élèves que ce métier est magnifique, mais difficile. Ils n’aiment pas m’entendre dire qu’il faut attendre. Pourtant, c’est vrai. » Depuis 2023, elle transmet cette exigence en cofondant l’Académie Aparté, une école pensée pour les jeunes comédiens comme pour les professionnels.
Une marraine engagée auprès des artistes et du public
À Èze, Delphine Depardieu se voit avant tout comme une « passeuse » de théâtre. « On ne m’impose rien. Mais moi, je me dois d’être là. Être présente pour les artistes, les applaudir, discuter avec le public. Quand on est sur scène, savoir qu’il y a dans la salle un regard bienveillant, ça compte énormément. » Une conception généreuse que salue le directeur artistique du festival, l’acteur David Brécourt : « C’est une très, très bonne comédienne. Et une femme d’une gentillesse remarquable. »
La comédienne défend aussi un théâtre ouvert à tous : « Il faut arrêter de penser que c’est compliqué ou ennuyeux. Le théâtre ouvre aux autres. Il ouvre l’esprit. » Son fils, dit-elle, fréquente les salles depuis l’âge de deux mois, des spectacles sensoriels pour nourrissons jusqu’à un Molière à cinq ans à la Comédie-Française.
Jouer en plein air, entre vent, lumière et nature
Pour les artistes programmés à l’Oppidum, le décor est singulier. « En plein air, on ne joue plus seulement avec le public. On joue avec le vent, la lumière, les bruits de la nature. Cette énergie nous traverse », explique Delphine Depardieu. Mais cette liberté suppose une maîtrise absolue : « Il faut que le texte voyage jusqu’au dernier rang. Et si la diction n’est pas parfaite, ce sera compliqué. »
À la rentrée, elle partagera l’affiche du Discours d’un roi avec Francis Huster et Philippe Torreton. Elle évoque en riant les préjugés balayés : « Je pensais rencontrer quelqu’un de prétentieux. J’ai découvert un homme d’une générosité incroyable, qui a un véritable esprit de troupe. » Le mot troupe revient souvent dans sa bouche, tout comme celui de joie : « La joie est contagieuse. Comme le mal-être. Alors autant transmettre la première. »
Un festival qui veut devenir « le Ramatuelle des Alpes-Maritimes »
L’ambition de David Brécourt ne date pas d’hier. Il y a quatre ans, après avoir joué son seul-en-scène sur le parvis de l’église d’Èze, où vit sa fille Manon, petite-fille de Francis Blanche, il lance l’idée d’un festival de théâtre. « Toute la municipalité était là. Je leur ai dit : “Et si on créait un festival de théâtre ?” » Banco, les Théâtrales d’Èze étaient nées. Aujourd’hui, il assume un objectif : « Faire d’Èze le Ramatuelle des Alpes-Maritimes. »
Pour y parvenir, il défend une programmation éclectique, entre comédies populaires et textes exigeants. « Le théâtre, ce n’est pas seulement rire. C’est aussi des larmes, de la réflexion. » L’an dernier, Le Schpountz, sans vedettes à l’affiche, avait créé la surprise. « Beaucoup m’ont dit que c’était la meilleure soirée du festival. Cela prouve qu’on peut aussi emmener le public vers des spectacles qu’il ne connaît pas. »
Une programmation éclectique jusqu’au 5 août
Pour cette édition, le festival mise sur la diversité. Samedi 1er août, Du charbon dans les veines, de Jean-Philippe Daguerre, auréolé de cinq Molières en 2025. Dimanche 2 août, Délivrez-nous de Déborah Elmalek, interprété par David Brécourt, récompensé au Off d’Avignon 2026 par les prix du meilleur auteur et du meilleur comédien, confronte une petite-fille de résistants au fils d’un officier SS. Lundi 3 août, Les Grands Enfants, comédie menée par Frédéric Bouraly et Éric Laugérias. Mardi 4 août, Une heure à t’attendre avec Thierry Frémont, face-à-face psychologique sous haute tension. Mercredi 5 août, enfin, une relecture contemporaine du Malade imaginaire : sous la direction de Tigran Mekhitarian, Argan devient un homme sous antidépresseurs, dans une mise en scène mêlant rap, danse et chant.
Les représentations ont lieu à 21 heures à l’Oppidum du col d’Èze, grande corniche. Tarifs : de 15 à 35 euros, pass cinq soirées à 150 euros. Renseignements au 04.93.41.26.00 ou sur le site du festival.



