Robert Finley et Fantastic Negrito électrisent Fiest'à Sète
Robert Finley et Fantastic Negrito électrisent Fiest'à Sète

Vendredi 31 juillet, le Théâtre de la Mer de Sète affichait complet pour la deuxième soirée de la 29e édition de Fiest'à Sète. La nuit "Blues héritage" réunissait deux artistes afro-américains qui incarnent la résilience de la soul et du blues : Robert Finley, 72 ans, et Fantastic Negrito, 58 ans. Tous deux ont connu des parcours semés d'embûches, mille vies parfois peu enviables, avant de se révéler sur le devant de la scène il y a une dizaine d'années, à un âge où d'autres songent à la retraite.

L'adage de Nietzsche, "ce qui ne me tue pas me rend plus fort", souvent attribué à tort à Conan par la culture populaire, a rarement trouvé une démonstration aussi éclatante. Robert Finley et Fantastic Negrito ne sont pas seulement plus forts : ils sont plus vivants, plus vibrants, plus libres. Et ils l'ont prouvé pendant une soirée hors normes, servie par un public conquis et des musiciens hors pair.

Robert Finley, une voix taillée dans la vie

Robert Finley entre en scène avec une carcasse sèche, marquée par une vie de labeur, mais un sourire permanent éclaire son visage. Le bluesman louisianais, malvoyant, s'avance une main sur l'épaule de sa fille Christy Johnson, qui le soutient et chante avec lui. Il le répétera plusieurs fois durant le concert : il vit le rêve de sa jeunesse, il chante dans le monde entier.

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Sa voix est un instrument rare. Dan Auerbach, le leader des Black Keys et patron du label Easy Eye Sound, qui a publié ses quatre derniers albums, le qualifie de "plus grand chanteur de soul vivant". Et l'écouter donne raison au producteur : capable de descendre dans les graves comme Solomon Burke et de grimper dans les aigus comme Curtis Mayfield, Robert Finley a cette patine cabossée par les épreuves qui rend chaque interprétation bouleversante. Il ne chante que ses propres chansons, toutes signées de sa main, ce qui ajoute une authenticité totale à son répertoire. Prodigue en conseils de sagesse, ce grand-père à la coule ne laisse rien au hasard : chaque mot, chaque note transpire le vécu.

Derrière lui, trois jeunes musiciens du Sierra Band, Charlie Love à la batterie, Ollie Hopkins à la basse et Liam Hart à la guitare, assurent une épaule musicale d'une justesse exemplaire. Liam Hart s'offre même des solos éblouissants sur sa Fender Jazzmaster, un instrument rare dans la soul. Ensemble, ils proposent une soul sudiste et un swamp rock du delta d'une sobriété virtuose, qui a fait dire aux spectateurs que la prestation relevait de la "simple perfection". Un pur régal, pour ne pas dire une leçon de musique.

Fantastic Negrito, la tornade de toutes les musiques noires

Après un tel moment, comment continuer ? Fantastic Negrito, de son vrai nom Xavier Dphrepaulezz, a choisi de tout donner, à sa manière : explosive, imprévisible, totale. Le 12-bar blues, très peu pour lui. Accompagné d'un gang bigarré, il a balayé un large spectre de la black music, du gospel au rock psychédélique, du funk au hard rock, du reggae au hip-hop, sans jamais s'installer dans un genre, fût-il racinaire.

Avec son look de hippie de la baie de San Francisco de 1968, un immense chapeau cachant une coupe Mohican et des rouflaquettes dignes d'un lion, Fantastic Negrito possède une présence ensorcelante. Sa voix écorchée, aux modulations acrobatiques, et son interprétation habitée confinent à la possession. Il ne chante pas ses chansons : il les vit, les crie, les murmure, les transforme. Dans la foule, certains ont décroché, trop fort, trop versatile, trop dingue. Mais la majorité s'est laissé emporter par ce torrent sonore, ponctué d'interventions au micro, parfois drôles, parfois politiques, toujours sincères.

Son set, puisé dans toute sa discographie, de The Last Days of Oakland (2017) à Son of a Broken Man (2024), a duré plus de deux heures. Chaque album est un chapitre d'une aventure hors du commun, et tous sont indispensables.

Un groupe de musiciens aussi fous que leur leader

En coulisses, un des musiciens de Fantastic Negrito résumait l'expérience avec un sourire : "c'est comme attraper un papillon". Impossible de savoir ce que leur leader va faire à la seconde suivante. Cette liberté totale se retrouve dans chaque morceau, chaque transition, chaque explosion.

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Autour de lui, Bryan C. Simmons, en salopette bermuda, explore aux claviers toutes les sonorités de la musique noire. Le batteur Brian Braziel impose un groove puissant, dans la lignée d'un Larry Graham. Le bassiste Uriah Duffy, qui fêtait son anniversaire et devenait grand-père cette nuit-là, se révèle un showman redoutable, capable de tenir tête à Roberto Trujillo au bras de fer et de le battre à la barbichette. Et le guitariste Vincent MacLauchlan, tout jeune, à peine 21 ans, s'avère un virtuose qui maîtrise son jeu, en mettant juste ce qu'il faut pour embraser le public sans jamais en faire trop.

Au final, cette nuit "Blues héritage" restera comme l'une des plus fortes de la 29e édition de Fiest'à Sète. Entre la grâce soul de Robert Finley et l'ouragan de Fantastic Negrito, le public a vécu un moment rare, résumé par cette expression : "un bordel démentiel et un pied total". Une soirée qui prouve, s'il en était besoin, que le blues et la soul sont plus que jamais des musiques vivantes.