Reconnaissance de l’État palestinien par Emmanuel Macron : entre succès diplomatique international et maladresse politique en France
En décidant de reconnaître l’État palestinien, Emmanuel Macron remporte un succès sur la scène internationale. Mais en France, alors que la communauté juive lui tourne le dos, sa décision exacerbe les tensions qui règnent au sein d’une société déjà fortement polarisée.
« Ce sera sûrement l’un des legs diplomatiques de sa présidence, un geste dans la grande tradition de l’universalisme français »… Toute la semaine, les proches d’Emmanuel Macron ont ainsi fait la promotion du discours de reconnaissance par la France de l’État palestinien. Englué depuis l’été 2024 dans une crise politique inédite, le Président, qui a perdu une grande partie de sa capacité d’action sur la scène nationale, veut ainsi laisser une trace sur la scène internationale.
Un travail diplomatique titanesque
Un temps en première ligne sur l’Ukraine, il a dû s’effacer devant Donald Trump. La reconnaissance de l’État palestinien pourrait donc être sa grande œuvre, celle qui restera dans les livres d’histoire. Pour ce faire, l’Élysée a déployé beaucoup d’énergie. C’est au prix d’un travail diplomatique titanesque que la France a réussi à convaincre neuf pays de la suivre, et non des moindres, comme la Grande-Bretagne, le Canada ou l’Australie. Jean-Noël Barrot, le patron du Quai d’Orsay, a fait travailler d’arrache-pied depuis un an tous ses services pour faire converger les pays européens et arabes autour de son initiative de paix.
Mais le succès n’est pas total, car la copie française est arrivée biaisée à New York. Lorsqu’il avait annoncé son intention de reconnaître un État palestinien, en avril, Emmanuel Macron l’avait assortie de conditions, notamment la libération des otages, le désarmement du Hamas et son éviction de la gouvernance de Gaza… Quelques semaines plus tard, voyant qu’aucune de ces conditions n’avait été amorcée, il les a effacées pour les remettre à plus tard. Le succès diplomatique est donc en demi-teinte, mais surtout semble difficile à convertir sur la scène intérieure.
Une décision qui clive en France
En reconnaissant un État palestinien alors même que des otages sont toujours détenus et sans faire de leur libération une condition nécessaire à cette reconnaissance, Emmanuel Macron s’est mis à dos tout ou partie de la communauté juive française. Il ne permettra pas au Président de reprendre pied dans son propre pays. Dans une lettre ouverte, un certain nombre d’artistes, d’intellectuels, d’entrepreneurs et de représentants religieux s’en sont émus. Ces derniers jours, le Président a donc multiplié les dîners afin de tenter de déminer. Il a même imaginé faire le voyage en Israël pour échanger avec Benjamin Netanyahu, mais ce dernier a refusé.
Dans un tweet posté hier, Emmanuel Macron reconnaît lui-même que sa décision a pu créer de la colère, et il a tenu à rappeler qu’il n’oubliait pas les victimes du 7 octobre. Applaudie au niveau international, la décision de reconnaître l’État palestinien l’est donc beaucoup moins en France, où elle clive plus qu’elle ne rassemble. La polémique sur le pavoisement des mairies aux couleurs de la Palestine n’en est qu’un exemple parmi d’autres.
Le discours d’Emmanuel Macron à la tribune de l’ONU, comme celui de Dominique de Villepin en 2003, marquera sans doute un tournant historique, mais il ne permettra pas au Président de reprendre pied dans son propre pays, d’autant que l’électorat le plus favorable à la reconnaissance d’un État palestinien est bien loin de lui être acquis.



