Lecornu à Mayotte : les Comores dénoncent une « condescendance insupportable »
Comores : « condescendance insupportable » de Lecornu

Le gouvernement comorien a vivement réagi aux déclarations du Premier ministre Sébastien Lecornu, qui souhaite conditionner l'aide publique au développement accordée aux Comores et à six autres pays africains à une coopération renforcée dans la lutte contre l'immigration clandestine vers Mayotte. Le ministre comorien des Affaires étrangères, Mohamed Mbae, a qualifié ces propos de « condescendance insupportable ».

Une annonce faite depuis la base navale de Dzaoudzi

Lors d'une visite de deux jours à Mayotte, Sébastien Lecornu a déclaré mercredi que l'aide au développement accordée aux Comores, au Burundi, à la Tanzanie, à la République démocratique du Congo, au Rwanda, à la Somalie et au Kenya serait désormais conditionnée à leur coopération avec la France. S'exprimant à la base navale de Dzaoudzi, où il ouvrait une réunion du commandement militaire chargé de la lutte contre l'immigration clandestine, le Premier ministre a précisé que « on va créer quelques nouveaux critères de bonus-malus, c'est-à-dire la capacité à bien collaborer dans la lutte contre les passeurs, la délivrance de laissez-passer consulaires, la capacité de reprendre les étrangers en situation irrégulière ».

Il a également insisté sur le fait que l'aide serait liée à la « capacité de ces pays à reprendre leurs ressortissants en situation irrégulière » et à leur participation « à la lutte contre les passeurs ».

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Une « hypocrisie intolérable » selon l'opposition comorienne

Les déclarations de Sébastien Lecornu ont provoqué une vague de condamnations dans tout l'échiquier politique comorien. Le parti d'opposition Ushe a dénoncé « un chantage scandaleux », tandis que l'ONG Comité Maore a qualifié cette mesure de « chantage inacceptable » et accusé Paris de mener une politique néocoloniale. « Prétendre être “notre ami” tout en maintenant l'occupation coloniale de l'île comorienne de Mayotte est une hypocrisie intolérable », a affirmé Ushe dans un communiqué.

Le ministre comorien des Affaires étrangères, Mohamed Mbae, a jugé la déclaration du Premier ministre « surprenante à plusieurs égards », ajoutant qu'elle est « totalement déconnectée des attentes de la population de l'île comorienne de Mayotte », en référence au cyclone Chido qui avait dévasté l'île en 2024. L'île française est toujours revendiquée par l'Union des Comores.

Une députée mahoraise dénonce une communication déplacée

La députée Liot de Mayotte, Estelle Youssouffa, s'est également insurgée au micro de Franceinfo : « On n'est pas chez mémère ici... L'île est détruite mais le Premier ministre vient nous faire sa com' ». Une partie importante des 323 000 habitants de l'archipel recensés par l'Insee au 1er janvier 2026 est de nationalité étrangère, contre près de la moitié de la population en 2017.

Mayotte, le plus pauvre des 101 départements français, est restée française lorsque le reste de l'archipel des Comores a accédé à l'indépendance en 1975. Cette nouvelle conditionnalité de l'aide pourrait avoir des répercussions importantes sur les relations entre la France et les pays concernés.

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