Le réveil brutal de l'Europe face aux réalités géopolitiques
La célèbre fable de La Fontaine, « Le Loup et l'Agneau », rappelle que la raison du plus fort est toujours la meilleure. Une maxime que semblent avoir parfaitement intégrée des dirigeants comme Donald Trump et Benyamin Netanyahou. La puissance de feu déployée par l'armada américaine au Moyen-Orient ou la domination aérienne écrasante de Tsahal dans le ciel iranien illustrent avec une clarté brutale les investissements colossaux consentis par ces nations pour asseoir leur suprématie militaire, que ce soit à l'échelle régionale ou mondiale.
Un quart de siècle d'assoupissement et un réveil en sursaut
Pendant près de vingt-cinq ans, l'Europe s'est laissée bercer par les fameux « dividendes de la paix » qui ont suivi la fin de la Guerre froide. Cet assoupissement stratégique a pris fin de manière violente. L'annexion de la Crimée par la Russie en 2014 a constitué un premier électrochoc. Puis, le 24 février 2022, l'invasion de l'Ukraine par Moscou a sonné l'alarme générale, réveillant les capitales européennes avec une urgence sans précédent. La perspective d'un retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a fini d'ouvrir grand les yeux des dirigeants du Vieux Continent sur leur vulnérabilité.
Indiscutablement, le réarmement de l'Europe est désormais en marche. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : entre 2020 et 2025, les dépenses militaires des États membres de l'Union européenne ont bondi de manière spectaculaire, affichant une augmentation de 63,8 %, ce qui représente une hausse absolue de 381 milliards d'euros. Une accélération financière historique, motivée par la nécessité de combler des décennies de sous-investissement.
Une course aux armements insuffisante face au géant américain
Mais cette formidable mobilisation budgétaire est-elle à la hauteur des défis ? La réponse est malheureusement négative. En dépit de cet effort de rattrapage sans précédent, les sommes engagées par l'ensemble des pays européens représentent, à elles toutes, moins de la moitié du seul budget annuel de la défense des États-Unis. L'écart reste donc abyssal.
Cette réalité se traduit par une dépendance stratégique persistante et très forte à l'égard de Washington. Selon les données publiées par l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), entre 2021 et 2025, l'Europe a triplé ses achats d'armements à l'étranger. Cette frénésie d'importations a propulsé le continent au rang de premier importateur mondial d'armes. Et, sans surprise, son principal fournisseur demeure les États-Unis, consolidant ainsi un lien de dépendance qui limite l'autonomie stratégique européenne.
La conversion à une économie de guerre, plus ou moins rapide selon les pays, est donc engagée, mais le chemin vers une véritable souveraineté de défense européenne reste long et semé d'embûches. L'avis aux Européens est clair : la course au réarmement est lancée, mais elle se joue encore largement avec les armes d'un autre.



