Crise au Moyen-Orient : les marines française et britannique à bout de souffle
Marines française et britannique en difficulté au Moyen-Orient

Les marines européennes face à leurs limites

La guerre au Moyen-Orient met en lumière les difficultés croissantes des marines française et britannique à répondre aux crises internationales avec des moyens militaires de plus en plus contraints. Le redéploiement du porte-avions français Charles de Gaulle de l'Atlantique Nord vers la Méditerranée orientale, ainsi que l'incapacité du Royaume-Uni à mobiliser rapidement sa flotte, illustrent un écart grandissant entre la multiplication des conflits et les ressources disponibles.

Une mobilisation française à son maximum

Les deux flottes historiquement les plus puissantes d'Europe, déjà fortement sollicitées par la surveillance des activités russes et la protection des espaces maritimes, doivent désormais faire face aux répercussions du conflit entre l'Iran, les États-Unis et Israël sur le trafic maritime et la sécurité régionale. Pour la France, la situation atteint un niveau critique. « Quasiment tous les bateaux sont à l'eau », observe une source militaire, précisant que 12 frégates sur 15 sont actuellement déployées, ce qui représente un chiffre exceptionnel.

Selon le président Emmanuel Macron, huit frégates sont appelées à être mobilisées spécifiquement dans la zone affectée par le conflit, incluant la Méditerranée orientale, le détroit d'Ormuz et la mer Rouge. Leurs missions sont multiples : escorter le porte-avions Charles de Gaulle, protéger l'espace aérien chypriote contre de nouvelles attaques de drones, et sécuriser le transit des navires commerciaux face à la menace des rebelles Houthis. Cette mobilisation s'ajoute aux déploiements déjà effectués après l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, et s'est encore complexifiée avec « le théâtre du Grand Nord » qui nécessite désormais une présence maritime supplémentaire.

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La Royal Navy britannique en grande difficulté

Avec un tel déploiement, la marine française touche à ses limites structurelles. Un gradé de la marine française avertit : « Inévitablement on se met dans le rouge ». Le format de quinze frégates est calculé au plus juste pour maintenir une présence permanente en Atlantique, en Méditerranée et dans l'océan Indien – chacune de ces zones nécessitant trois navires – sans compter les frégates en arrêt technique programmé et les quatre autres dédiées à l'alerte et à l'escorte du porte-avions.

La Royal Navy britannique se trouve dans une situation encore plus précaire, suscitant de vives critiques à l'encontre du gouvernement. Elle s'apprête à déployer en Méditerranée le HMS Dragon, seul de ses six destroyers actuellement opérationnel, les autres étant en cale sèche ou en attente de réparations. Selon le journal The Telegraph, seules deux de ses sept frégates sont disponibles. « Le peu de navires que nous avons est ridicule », déplore l'ancien chef de la Royal Navy, l'amiral Alan West, qui souligne : « Nous avons subi des coupes dans la défense pendant des années et des années, et maintenant nous en payons le prix ».

Des problèmes structurels profonds

La Royal Navy est prise dans un cercle vicieux entre les difficultés de recrutement et de rétention des marins, le manque d'infrastructures pour l'entretien des navires, et la privatisation de leur maintenance. Une source militaire française résume la situation : « Les Britanniques ont trop tiré sur la corde, ils payent des années de manque d'investissements ».

Elio Calcagno, de l'Institut d'affaires internationales italien (IAI), observe que la Royal Navy « n'a pas été capable de mettre de nouveaux bâtiments de combat de surface en service depuis plus de cinq ans », un délai considérable dans le domaine naval. Selon lui, « les marines européennes, ou du moins les plus capables, sont déjà surmenées et ce depuis un bon moment ».

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Des stocks de missiles insuffisants

Au-delà du nombre de navires disponibles, se pose la question cruciale de l'armement. Elio Calcagno relève que dans la plupart des marines européennes, certains silos de lancement peuvent rester vides à l'appareillage par manque de missiles. Bien que Paris assure avoir résolu ce problème, l'expert italien met en garde : « Chaque missile qui pourrait être utilisé creusera un déficit encore plus important dans des stocks qui sont déjà assez mauvais en Europe ».

Le gradé de la marine française prévient quant à lui : « Si la menace continue à évoluer comme depuis une dizaine d'années, on se rend bien compte qu'on va manquer de bateaux ». Face à cette situation, l'Italie, qui a mis en service de nombreux nouveaux navires ces dernières années, adopte une approche différente en limitant ses ambitions de déploiement mondial, même si ses bâtiments naviguent de plus en plus loin, jusqu'au Pacifique ou dans le Grand Nord.

Cette crise au Moyen-Orient révèle ainsi les limites structurelles des principales marines européennes, confrontées à l'impératif de répondre à des crises multiples avec des moyens qui n'ont pas suivi l'évolution des menaces. La nécessité d'investissements substantiels et d'une réorganisation stratégique apparaît plus pressante que jamais.