Le 27 septembre prochain, 178 sièges de sénateurs seront renouvelés. Ce scrutin, souvent perçu comme le troisième tour des municipales, revêt cette année une importance inédite : il pourrait façonner le rôle du Sénat comme contre-pouvoir en vue de l'élection présidentielle de 2027.
Un scrutin sous influence des municipales
Sur les 348 sièges que compte le Sénat, 178 sont à renouveler ce dimanche 27 septembre, dans 63 départements, dont le Gard, l'Hérault, l'Aude et l'Aveyron. Cette élection a rencontré un écho médiatique discret, pour plusieurs raisons. D'abord, la campagne officielle n'a démarré que le 7 septembre, date à laquelle les listes pouvaient être déposées en préfecture. Elles le sont désormais toutes depuis ce vendredi. Ensuite, le mode de scrutin indirect ne concerne que les grands électeurs. Enfin, l'élection présidentielle capte toute l'attention, notamment depuis la fin août et la multiplication des universités d'été des partis, qui ont servi de rampe de lancement à de nombreux candidats déclarés.
Ce scrutin sera soumis à l'influence des dernières élections municipales : les conseillers municipaux forment plus de 90 % du collège des grands électeurs. Le Rassemblement national et La France insoumise ont remporté un nombre de mairies inédit pour ces deux formations, ce qui leur permet de compter davantage de grands électeurs habilités à voter. Toutefois, cela ne suffira probablement pas à bouleverser les équilibres de la Chambre haute.
Une majorité stable, mais des pertes possibles pour LR
Les Républicains, largement majoritaires au Palais du Luxembourg avec leurs alliés de l'Union centriste et des Indépendants (respectivement 131, 59 et 20 sénateurs), s'avancent confortablement vers cette élection. Mais ils pourraient perdre entre trois et cinq sièges, selon les pronostics du Figaro cette semaine. Les Républicains observent avec inquiétude la perspective de voir le Rassemblement national constituer un groupe. Le RN n'a pour l'instant que trois élus au Sénat, quatre si l'on ajoute Stéphane Ravier, élu sous étiquette RN puis passé chez Éric Zemmour avant de quitter Reconquête et de siéger désormais sous les couleurs de son mouvement, Marseille d'abord. Au RN, on ambitionne de tripler ou quadrupler cet effectif, ce qui suffirait largement pour constituer le premier groupe de leur histoire au Sénat, un minimum de dix élus étant requis.
Le Sénat, un contre-pouvoir ou un appui selon les scénarios
« Les sénatoriales les plus importantes depuis 1958 », soufflait récemment un sénateur candidat à sa propre succession, estimant qu'en cas d'arrivée de l'extrême droite ou de la gauche radicale à l'Élysée en 2027, le Sénat ferait office de vrai contre-pouvoir, face à ceux qui seraient susceptibles de vouloir modifier la Constitution en usant ou abusant du référendum. Le professeur de droit et constitutionnaliste Dominique Rousseau rappelle que « le Sénat, depuis 1958, a toujours voulu jouer, et a toujours joué, un rôle de contre-pouvoir ». Il juge que « la majorité ne va pas changer » au Palais du Luxembourg. Considérant qu'elle « est aujourd'hui très conservatrice, n'oublions pas que Bruno Retailleau est le patron des sénateurs LR », il estime que dans l'hypothèse d'une victoire du RN, « le Sénat serait plutôt un appui pour Marine Le Pen, vu les positions prises par Bruno Retailleau, récemment, sur l'immigration. Et dans le cas où la gauche l'emporterait, qu'elle soit réformiste ou populiste, alors le Sénat deviendrait une assemblée de blocages des réformes ». Il ajoute que si le nouveau président dissout l'Assemblée, « le veto du Sénat sera plus ou moins important selon qu'il a une majorité relative ou absolue ».
À l'autre bout du spectre politique, du côté de La France insoumise, l'objectif avoué est de pouvoir enfin entrer dans l'hémicycle du Palais du Luxembourg, où le parti de Jean-Luc Mélenchon n'a jamais été représenté. Il n'est pas acquis que se répète ce qui avait advenu en 2023, quand socialistes (64 sièges actuellement, 31 à renouveler dimanche), écologistes (16 et 7) et communistes (18 et 4) étaient parvenus à s'accorder pour leur barrer complètement l'accès. LFI a investi une soixantaine de têtes de liste, notamment pour faire mordre la poussière à ses adversaires de gauche.
Cette élection, souvent vue comme le troisième tour des municipales, sera aussi la dernière avant la présidentielle. Elle pourrait incarner les difficultés des macronistes, qui remettent en jeu 11 de leurs 19 sièges. Et elle pourrait augurer d'une influence inédite du Sénat : si des partis souhaitant s'attaquer à la Constitution et à certains de ses fondamentaux, en faisant assaut de référendums, arrivaient en 2027 au pouvoir à l'Élysée et au Palais Bourbon, les législateurs du Sénat auraient alors un rôle majeur à jouer. Décisif et inédit.



