Stéphane Urbinati, cofondateur d'Explore Academy à Frontignan, a fait de l'exploration le fil rouge de sa vie. Réalisateur de documentaires, guide d'expéditions et organisateur de stages en immersion, il a emprunté des chemins de traverse avant de trouver sa voie.
Des débuts alsaciens aux champs de bataille
Tout commence dans les montagnes alsaciennes et vosgiennes, aux côtés de son oncle, qui filme avec sa caméra 8 mm des animaux que peu de gens ont l'occasion de croiser. « Je passais beaucoup de temps avec mon oncle. C'est lui qui m'a donné le goût de la nature et des animaux, et l'envie de filmer », confie Stéphane Urbinati.
La lecture d'un reportage du National Geographic sur un homme de la tribu korowaï, dans les régions isolées et forestières du sud-ouest de la Papouasie, agit sur lui comme un séisme. « C'était hallucinant de voir cet homme et sa tribu. Je me suis dit qu'un jour il faudrait que j'aille les voir. Ce rêve d'enfant est resté dans un coin de ma mémoire et a sans doute déterminé la suite de ma vie », explique-t-il.
Il lui faudra attendre 2024 et la réalisation d'un documentaire sur eux pour qu'il le réalise enfin. Mais avant d'y arriver, Stéphane Urbinati a emprunté de nombreux chemins de traverse. Après avoir quitté l'école jeune et suivi une formation de mosaïste chez les Compagnons du devoir, il accomplit son service militaire. « Ayant tout fait pour ne pas faire l'armée, je me suis retrouvé dans un régiment semi-disciplinaire, avec des jeunes repris de justice ou de justesse, on ne sait pas trop. On savait tous qu'on allait en baver, mais on a fini par se prendre au jeu », raconte-t-il.
De l'armée à Ubisoft
En 1992, son régiment intervient sur la catastrophe du mont Saint-Odile, après le crash d'un Airbus. Le régiment s'étant distingué, celui-ci est sélectionné pour partir en Yougoslavie, où la guerre fait rage depuis 1991. Avec ses camarades de chambrée, ils acceptent tous d'être envoyés sur place et intègrent la Forpronu. « Ces sept mois en Yougoslavie ont déterminé ma vie d'après. À mon retour, j'ai décidé de m'engager dans l'armée », dit-il.
Rattaché au commando service d'action, il devient aussi formateur pour la Légion étrangère, l'Armée de terre et les forces spéciales à l'étranger, parcourant les terrains de conflit. En développant, pour la formation des militaires, des simulateurs de combat inspirés de jeux vidéo, il est repéré par Ubisoft, qui l'engage en 2008, à sa sortie de l'armée, comme consultant militaire et lui confie la formation de directeurs artistiques. « Certains d'entre eux m'ont demandé de tourner des images dans des zones dégradées, sensibles, hostiles, sous-marines ou dans des déserts arides, pour des jeux vidéo et le cinéma », raconte-t-il.
Trois ans plus tard, un chemin s'impose à lui : créer son propre projet. Ce sera Légendes, une série de documentaires sur des légendes réelles qui dictent encore le quotidien de certaines tribus. L'originalité du projet consiste aussi à accompagner une personne lambda, sans les codes de la survie en milieu extrême, et qui se glisse dans la peau du reporter. « J'avais envie de montrer comment on vit ailleurs et rendre compte d'expériences qui fonctionnent », explique-t-il.
La création d'Explore Academy
Six documentaires naîtront de ce projet, dont le dernier consacré aux Korowaïs et à leur lignée de derniers mangeurs d'hommes, qui sortira dans six mois. Souhaitant se professionnaliser, il suit en 2024 une formation à l'école de cinéma de Montpellier, mais reste sur sa faim. Puisqu'aucune école de cinéma dédiée au documentaire d'exploration n'existe, pourquoi ne pas la créer soi-même, en mêlant techniques de survie, tournages grandeur nature et voyages aux quatre coins du globe.
En octobre 2025, la première promotion intègre Explore Academy, qu'il codirige avec Ophélie Hadibi. « Quand on croit fort en quelque chose, on y parvient. On n'a qu'une vie, alors il faut y aller franco et la remplir de tout ce qui nous anime. Comme on ne crée pas sa vie, il faut trouver les chemins de traverse », résume Stéphane Urbinati. Avec toujours le même objectif : montrer ces mondes qui existent, y aller, puis raconter. Chez lui, tout commence toujours par une histoire.



