Un triomphe électoral dans un bastion communiste
Lors des dernières élections municipales, un événement est passé relativement inaperçu dans le paysage politique français : la réélection au premier tour de Patrice Bessac, le maire communiste de Montreuil, avec un score impressionnant de 57,72 % des voix, soit 17 834 votants. En politique, une telle victoire dès le premier tour équivaut à une mention très bien au baccalauréat ou à une médaille d'or aux Jeux Olympiques. Comme le disait François Mitterrand, il y a les élus et les autres, mais il y a surtout les élus au premier tour, une distinction rare et significative.
Montreuil, un îlot rouge en Seine-Saint-Denis
C'est à Montreuil, ce bastion communiste historique qui avait brièvement tenté une transition écologique sous l'impulsion de Dominique Voynet avant de revenir à ses racines rouges, que Patrice Bessac, âgé de 47 ans, a triomphé de ses adversaires. Parmi ses concurrents figuraient principalement trois candidats divers gauche, car à Montreuil, il y a la gauche, il y a les divers gauche, mais il y a très peu de divers droite. Cette configuration politique contraste fortement avec les tendances observées ailleurs dans le département.
De nombreux observateurs politiques s'attendaient à ce que la ville de Jacques Duclos et Louis Odru bascule vers un vote plus bourgeois, reflétant sa transformation socio-économique. Pourtant, le triomphe de Bessac démontre que Montreuil résiste au glissement à droite perceptible dans d'autres communes de Seine-Saint-Denis. En effet, on observe des victoires écologistes à Bagnolet avec 38,85 % des voix, un plébiscite pour les divers droite à Montfermeil avec 64,14 %, et une domination à Choisy-le-Roi avec 38,39 %.
Le charme de Bessac : entre tradition et modernité
La recette du succès de Patrice Bessac repose sur un savant mélange de tradition et de modernité. La nostalgie du Parti Communiste Français n'est pas qu'un souvenir lointain pour les électeurs plus âgés ; ce beau passé fait également rêver une nouvelle génération de jeunes, souvent adeptes du vélo et de la colocation, qui trouvent dans cette histoire une forme d'idéalisme renouvelé.
Patrice Bessac, né sous le signe des Gémeaux tout comme un certain président des États-Unis, incarne cette dualité. L'astrologie, qui a longtemps influencé la politique depuis l'Égypte ancienne – un thème exploré dans le roman graphique de Joël Callède, Mitterrand, le dernier président –, semble se refléter dans son caractère. Les Gémeaux peuvent être tout l'un ou tout l'autre, des figures charmantes comme John Kennedy aux personnages plus sombres comme Martin Bormann.
Les priorités du maire : immigration et vie culturelle
Lors de déjeuners partagés dans un restaurant de Montreuil, Patrice Bessac a confié ses priorités. Son grand chantier reste l'organisation harmonieuse des communautés et la gestion des problèmes liés à l'immigration. Il veut simplement que l'on vive bien à Montreuil, en gardant un œil attentif sur les défis pour mieux les résoudre.
Sous son impulsion, Montreuil est également devenu un haut lieu de l'art contemporain et de la musique. Le cinéma Le Méliès propose une programmation éclectique, allant des films grand public à des œuvres plus confidentielles, destinées aux Montreuillois intelligents et intellectuels. La ville accueille aussi de jeunes talents, comme l'actrice Pauline Clément de la Comédie-Française.
Une ville qui préserve son identité
Le Montreuil de l'enfance, avec son cimetière municipal, le stade des Grands-Pêchers où s'entraînait Michel Jazy, l'hôpital intercommunal, et le lycée Jean-Jaurès en forme de faucille et de marteau, semble avoir peu changé. Comme Venise ou Belgrade, Montreuil conserve son caractère unique, un héritage que Patrice Bessac s'efforce de préserver tout en l'adaptant aux défis contemporains.



