Depuis septembre, le quai de la Fontaine à Nîmes abrite un nouvel hôtel des ventes. Gérard et Annaëlle Courdil, un jeune couple de commissaires-priseurs, y ont installé leur étude. Leur première vente aux enchères de prestige est fixée au samedi 14 novembre à 14 h, un événement qui marquera le lancement officiel de leur activité.
« Avoir notre hôtel des ventes, c’était notre objectif », confie Annaëlle Courdil. « Et ce lieu, avec une belle vitrine sur les quais de la Fontaine, notre rêve ! Quand on passait devant, alors qu’il n’était pas libre pourtant, on se disait ce sera là », ajoute Gérard Courdil, son conjoint. Le couple est installé depuis deux mois dans ces locaux qui représentent un retour aux sources pour Gérard, 27 ans, dont la famille est bien implantée à Nîmes, et une nouvelle vie pour Annaëlle, 28 ans, « ravie de quitter la capitale ».
Des vocations nées au contact des passions familiales
Leur parcours semble avoir été esquissé dès l’enfance. Annaëlle évoque des souvenirs marquants : « J’ai passé ma vie à Drouot avec mon grand-père, féru d’art, de tableaux, de sculptures ». Elle se souvient de l’ambiance mystérieuse de cette « caverne d’Ali Baba mythique » et de l’adrénaline des ventes. Gérard, lui aussi, allait « tout minot aux ventes aux enchères sur les épaules de son père, amateur d’art provençal et de patrimoine ».
Les deux jeunes gens se sont rencontrés en master de droit de la propriété intellectuelle à la Sorbonne. « On était les deux seuls à vouloir être commissaire-priseur », raconte Annaëlle, qui dit avoir été agacée « qu’un vieux, forcément quand on s’appelle Gérard, non, prenne une place alors que la sélection est déjà si compliquée pour les jeunes ». Avant que leurs regards se croisent et que le coup de foudre en remontre au prénom du grand-père fièrement porté par le jeune Courdil.
Un concours sélectif et deux ans de formation intensive
Bardés tous les deux d’un diplôme en droit et d’un autre en histoire de l’art, ils se sont lancés dans la préparation de l’impitoyable concours de commissaire-priseur : seulement 25 reçus sur 150 candidats. « On y est allé sans prépa mais on s’est enfermé presqu’un an pour réviser comme des forçats », racontent-ils. Admis au concours en octobre 2023, ils ont suivi deux ans de formation chez des commissaires-priseurs sur la Côte d'Azur avant un ultime examen à Drouot. « Décrire, dater, expertiser et estimer 25 objets en 1 h 30… et déjouer les faux », décrivent-ils. « On a alors le sentiment de jouer sa vie… En tout cas, de flinguer dix ans d’études si on rate », soufflent-ils.
Une émulation saine et un marché en plein renouveau
Alors qu’un hôtel des ventes est déjà implanté à Nîmes, le couple assure qu’il y a de la place pour deux. « Des villes plus petites que Nîmes ont souvent deux hôtels des ventes et je pense que ça crée une saine émulation, il faut dynamiser les patrimoines et les collections… et il y en a à Nîmes », explique Gérard Courdil. Si le métier de commissaire-priseur a connu un coup de mou, englué dans une image vieillotte, les ventes aux enchères ont de nouveau le vent en poupe, portées par des émissions télé comme Affaire conclue ou des sites Instagram qui leur donnent un coup de jeune.
Concernant les tendances du marché, les deux commissaires-priseurs notent que « le design marche toujours très bien, les bijoux aussi, car ils sont plus faciles d’accès ». Ils ajoutent : « Depuis cinq ans, la céramique du XXe siècle explose vraiment. L’Art déco revient à la mode, les prix ont été multipliés par cinq, par contre plus personne ne s’intéresse à l’Art nouveau (1890-1910). Et la cote des arts du Vietnam et d’Indochine a énormément de succès. On trouve dans beaucoup de maisons des statuettes, des peintures sur soie, des paravents en laque… Certains de ces objets atteignent des centaines de milliers d’euros. »
Au quotidien, Gérard et Annaëlle s’occupent des inventaires, des successions, de l’ouverture de coffres, et expertisent des objets qu’on leur apporte. « On se déplace aussi chez les gens, on rayonne jusqu’à Saint-Rémy-de-Provence », précisent-ils. Annaëlle a une formation en gemmologie qui lui permet d’expertiser aussi les bijoux. « Les enchères sont accessibles à tout le monde même aux néophytes », assure-t-elle. Et de donner un exemple concret : « Une petite bague à 1 500 € en magasin peut coûter deux fois moins aux enchères ».
La maison Courdil fera donc sa première vente aux enchères de prestige samedi 14 novembre à 14 h. « On y trouvera tableaux, argenterie, bijoux… Ce sera notre lancement. Puis, on en fera cinq par an », annoncent-ils.