Quelque 150.000 manifestants sont attendus hors agglomération parisienne et environ 40.000 à Paris ce samedi 17 octobre, selon des estimations policières communiquées vendredi. Cette mobilisation sociale, qui vise à faire renaître le mouvement des gilets jaunes, s'étend à toute la France avec près de 1.500 actions annoncées, tandis que le président Emmanuel Macron a lancé un appel au calme depuis Bruxelles.
Un dispositif de sécurité renforcé à Paris
La préfecture de police de Paris a interdit, vendredi, les rassemblements et manifestations non déclarés dans plusieurs secteurs sensibles de la capitale, notamment les Champs-Elysées, la place de la Concorde et les abords de l'Elysée, de Matignon et de l'Assemblée nationale. Ces restrictions, en vigueur de 7 heures à 22 heures, concernent également plusieurs grandes places parisiennes et les gares. Les contrevenants risquent une amende de 135 euros.
Les autorités ont par ailleurs modifié les itinéraires des deux principaux cortèges pour des raisons de sécurité. La manifestation organisée par Interfac IDF a été orientée vers un parcours République-Nation, rejeté par le collectif, tandis que le rassemblement des gilets jaunes et de l'intersyndicale devra emprunter un trajet entre République et la place de Clichy. Le rendez-vous est fixé à 14 heures place de la République, en direction de la place de Clichy.
Un appel à la convergence des luttes
Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, invité sur France Info, a déclaré espérer que cette mobilisation du 17 octobre sera « le point de départ d'une dynamique plus importante ». Il a ajouté : « L'objectif, c'est à la fois la convergence des luttes, des indignés et des générations. »
À Rennes, une vingtaine de personnes ont installé un barrage filtrant, avec des poubelles et des grosses palettes, aux abords d'un grand centre commercial. Christophe, un artisan menuisier de 47 ans, un ancien gilet jaune, dit avoir été blessé en 2018 lors de l'acte trois par un tir de LBD. « Aujourd'hui, on en arrive à une répression sur nos propres enfants », s'indigne-t-il auprès de l'AFP.
Un contexte politique tendu à six mois de la présidentielle
À six mois de l'élection présidentielle, l'appel à faire renaître le mouvement des gilets jaunes, qui avait marqué le premier mandat d'Emmanuel Macron, a rencontré la protestation des lycéens et étudiants pour de meilleures conditions d'études et ramené en haut de l'agenda politique la question de la place offerte aux jeunes. « Beaucoup n'ont pas encore le droit de vote, alors la rue, on la prend » et « Toucher aux enfants, c'est nous toucher tous », peut-on lire dans l'appel à mobilisation lancé sur le site 17octobregiletjaune.net, qui appelle aussi habitants des quartiers, paysans, ouvriers ou retraités à descendre dans la rue et sur des ronds-points ou autour de points stratégiques.
Les autorités recensent près de 500 actions potentielles à travers le pays, tandis que plus de 90 manifestations sont encore en préparation, selon l'entourage du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. Le gouvernement redoute des incidents dans les cortèges, particulièrement à Paris et dans les grandes métropoles, où des militants d'ultragauche pourraient, selon lui, chercher à provoquer des affrontements avec les forces de l'ordre.
Emmanuel Macron a lancé vendredi, depuis Bruxelles, un appel « au calme et au respect ». Le président de la République a rappelé que le droit de manifester devait s'exercer dans le respect des personnes et des biens, sans « insulter » ni « casser ». Pour le chef de l'Etat, préserver cette liberté fondamentale implique d'éviter tout débordement ou acte de violence lors des rassemblements.
Emmanuel Macron a aussi réaffirmé son soutien au gouvernement et aux forces de l'ordre, confrontées selon lui à un climat de tensions croissantes. « Ce sont des moments qui sont très durs pour nos forces de l'ordre », a-t-il souligné, évoquant les agressions dont policiers et gendarmes ont récemment été victimes. Le président a notamment dénoncé le comportement d'individus qui ne connaissent, selon ses propres mots, « que la violence et le désordre ».