Le Cercle du commerce de Sète, la plus ancienne association de la ville, a célébré ses 190 ans le vendredi 18 septembre 2026. À cette occasion, l'association a intégré les membres du Bridge club de Sète, fondé dans les années 1980, marquant ainsi une nouvelle étape dans son histoire. L'événement s'est déroulé dans ses nouveaux locaux, rue du Jardin des Fleurs, désormais dédiés aux « jeux de l'esprit ».
Une histoire riche depuis 1836
Le Cercle du commerce a été fondé le 25 mars 1836, à une époque où la ville, alors orthographiée « Cette », était divisée entre les pêcheurs et les commerçants. À l'origine, seuls des hommes, vêtus de tenues bourgeoises et servis par des majordomes, se retrouvaient près de la mairie pour jouer, discuter, fumer, lire et manger. En 1848, pendant la Révolution, des émeutiers ont fait irruption dans le cercle et ont jeté par la fenêtre la « grande banquette », qui est tombée sur la Placette sans se briser. Il a été décidé de la conserver malgré son état.
En 1864, l'association s'installe quai de Bosc, dans l'immeuble aux cariatides du banquier Gustave Amadou. Dès lors, les procès-verbaux d'assemblée retracent la vie de la cité : le phylloxéra, la crise viticole, les guerres. En juillet 1899, avec une trésorerie florissante, le cercle offre l'hospitalité à l'amiral et aux officiers de l'escadre au mouillage à Cette, et fait illuminer sa façade pendant deux nuits. Le standing reste élevé : le gérant porte une veste noire, chaque partie d'argent exige des cartes neuves, et le cercle est abonné à trente-huit journaux, du sérieux Journal des débats au plus coquin Frou-Frou.
Défis et évolutions au XXe siècle
Le XXe siècle s'ouvre dans la morosité : les effectifs chutent de 134 membres à la fin du XIXe siècle à 50 en 1915. L'assemblée de 1916 doit même envisager la dissolution. Mais l'association se relève, atteint 216 membres en 1932 et s'équipe de l'électricité puis du chauffage central. En 1936, dans le sillage du Front populaire, le gérant ose réclamer quinze jours de congés, ce qui provoque un scandale. En 1939, les épouses, bannies depuis la fondation, obtiennent enfin un salon le dimanche pour jouer au bridge, entre elles.
En 1941, les Allemands réquisitionnent les lieux. Un tableau impressionniste, estimé aujourd'hui à 800 000 euros, disparaît alors sans laisser de trace dans les registres. L'après-guerre voit triompher le bridge : en 1952, un tournoi rassemble quatre-vingts paires venues de toute la France. Mais la vraie bombe éclate en 1960 : après cent vingt-quatre ans d'entre-soi masculin, vingt-sept dames franchissent enfin le seuil, sans toutefois pouvoir pénétrer dans la salle de lecture ni au billard. Il faudra attendre 1975 pour que les femmes soient pleinement intégrées.
Un déménagement pour plus d'accessibilité
Cent soixante ans après son installation, le Cercle du commerce a déménagé en 2024. « Avec les escaliers, cela devenait de plus en plus difficile pour nos adhérents qui ont une moyenne d'âge de 75 ans », explique Alain Todesco, président depuis quatorze ans. Grâce à l'argent de la vente, l'association s'est installée dans un ancien studio de danse de plain-pied, rue du Jardin des Fleurs. « C'est beaucoup plus accessible et c'est beaucoup plus facile pour se garer pour nos adhérents qui viennent de tout le bassin de Thau », ajoute-t-il.
Aujourd'hui, 130 membres viennent jouer au bridge très régulièrement. Le grand local, ouvert tous les jours de la semaine, est désormais destiné aux jeux de l'esprit : le club de tarot y est accueilli deux fois par semaine, tout comme les joueurs de Warhammer. Longtemps fermé aux autres, le Cercle du commerce est devenu un véritable lieu de vie, une grande famille, qui s'est élargie avec l'intégration des membres du Bridge club de Sète lors de la célébration des 190 ans.



