Salariat et enrichissement : les experts alertent sur la transformation du travail
Salariat et enrichissement : les experts alertent

L'Université Côte d'Azur a organisé la première session de Future of Work, un cycle de conférences visant à prendre du recul sur les nouvelles façons de penser le travail. Qu'est-ce qui change ? À quoi doit-on s'attendre ?

Un laboratoire d'idées pour repenser le travail

Le monde académique, celui de l'entreprise et le monde institutionnel se sont réunis à Nice, à l'IMREDD, pour la première session de Future of Work. Ces conférences permettent de réfléchir à la façon dont nous vivons aujourd'hui le travail et à ce qui nous attend demain. « Ce format se présente comme un laboratoire d'idées au service des grands développements de notre territoire », a annoncé Anne-Sophie Peyrand, directrice communication et marque d'Université Côte d'Azur et modératrice du débat.

Quatre profils étaient réunis : Pierre Louette, haut fonctionnaire et ancien directeur de titres de presse ; Paola Fabiani, vice-présidente du MEDEF ; Sabrina Loufrani, professeure des universités en management ; et Pierre Ippolito, vice-président de la Métropole Nice Côte d'Azur et 4e adjoint de la mairie de Nice.

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« Nous vivons une rupture »

Selon Pierre Louette, « nous sommes passés du rêve de devenir fonctionnaire à celui d'être entrepreneur. Être son propre patron, c'est le job d'individualisation par excellence. Cela masque quelque chose et montre surtout que nous vivons une rupture. Les notions de réussite et de sacrifice ne sont plus liées. Nos vies actuelles ressemblent à une reconquête du temps libre. Notre temps de vie se situe entre 750 000 et 800 000 heures ; nous consacrons 30 000 heures à nos études et travaillons quelque 75 000 heures. Si on enlève le temps de sommeil, tout le reste, soit 450 000 heures, c'est du temps libre à occuper. Pour cela, il faut de l'argent. Force est de constater que le salariat ne permet plus de s'enrichir pour parvenir à cette fin. »

Compétences cognitives et agilité

Pourtant, travailler sert à s'enrichir. Tel est le véritable but du travail selon les invités. « Ceux qui disent le contraire et qui recherchent du sens au travail pour mieux le vivre, c'est pour se rassurer, explique Pierre Ippolito, pour ne pas se dire qu'ils ne trouvent plus goût au travail parce que l'effort ne paie plus. Ce n'est pas normal qu'en plaçant son argent, on gagne davantage qu'en travaillant. Celui qui a de l'argent n'est plus tenté par l'envie de fonder une entreprise et créer de l'emploi sur son territoire. La faute aux taxes, aux charges, aux impôts, ici en France. »

Tous ces changements de paradigme, mêlés aux réglementations en vigueur, imposent de « nouvelles » compétences à proposer pour évoluer dans le monde du travail version 2030 : « compétences cognitives, technologiques, leadership, efficacité personnelle, curiosité, agilité… », assure Sabrina Loufrani.

L'intelligence artificielle : opportunité et risque

Et la montée de l'intelligence artificielle ? Si cette révolution permet une meilleure compétitivité et une réduction du temps de travail, il va falloir veiller car « nous allons finir avec une base (des salariés exécutants) et une élite (ceux qui savent manier l'IA). Au milieu, il y aura un désert », prévient Pierre Louette. « C'est pourquoi il est important d'enseigner l'esprit critique à nos jeunes, assène Paola Fiabiani, et fort heureusement, le papier-stylo-cerveau revient en force dans nos écoles. »

Semaine à 4 jours : le choix gagnant pour les salariés et l'entreprise

« Amélioration du bien-être, fidélisation renforcée et performance maintenue. » Voici le constat que dresse le fondateur de EA Pneu, Eric Abalain, sept mois après avoir mis en place la semaine de 4,5 jours dans les six centres de son réseau azuréen. Dans le secteur contraignant de l'automobile, proposer aux équipes des contrats de 40 heures du lundi matin au vendredi midi est assez rare. « Aujourd'hui, 100 % des collaborateurs approuvent le système, véritable levier d'attractivité, selon le patron pour qui offrir de meilleures conditions de travail à ses collaborateurs n'est pas un coût, mais un investissement. »

Aux Mutuelles du Soleil, la semaine de 4 jours est également proposée aux collaborateurs qui le souhaitent (selon le poste). Une possibilité qui participe grandement à l'attractivité.

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À retenir : « Travail » ne vient pas de « tripalium »

La sémiologue Mariette Darrigrand met à mal cette légende urbaine qui a longtemps consisté à croire que le mot travail provenait du latin tripalium, désignant un instrument de torture du VIe siècle. En réalité, le terme travail provient de « trabail », une machine en bois accrochée à l'arrière du cheval, une machine pour soutenir l'effort du travailleur. La sémiologue rappelle qu'en Grèce antique, la notion de « travail » n'existait pas : on parlait d'« erga », un ensemble de gestes qui s'enchaînaient sous l'effet de la puissance des dieux, sans aucune connotation de contrainte ni torture.