Yeux clairs et sourire aux lèvres, Lésia Trachuk quitte sa cuisine de l'Épicerie simple, en haut du cours Lafayette à Toulon, pour raconter son histoire. Arrivée en France il y a un an après avoir fui la guerre en Ukraine, elle est aujourd'hui sous-cheffe dans cet établissement.
Un parcours inattendu
« Après le déclenchement des hostilités en 2022 en Ukraine, j'étais prête à partir avec mon mari et ma fille. J'avais peur. Je ne voulais pas d'un avenir sombre pour eux », confie Lésia. L'annonce de Manu, le patron de l'Épicerie simple, parue sur Internet, est tombée à pic. « Je cherchais une personne pour le ménage et la plonge. J'ai publié un appel, Lésia a répondu. J'ai tout de suite senti que c'était la bonne personne », ajoute Manu.
Problème : Lésia vivait à Odessa, travaillait dans un cabinet d'assurances et n'avait aucune expérience en cuisine. Elle est aussi maman d'Alisa et mariée à Alexander, ingénieur système. Malgré ces obstacles, elle a saisi sa chance et débarqué en France avec sa famille.
De la plonge à la cuisine
Depuis neuf mois, Lésia a quitté la plonge pour la cuisine et prépare des plats méditerranéens. « Ceviche de thon, betteraves travaillées, croustillant de légumes et feta cuisinée n'ont plus de secrets pour moi. J'ai tout appris ici, et pris des cours de français pendant trois mois », explique-t-elle. Sa spécialité : le flan au caramel, servi à l'Épicerie.
Un rêve de formation
Sous-cheffe, Lésia fait le bonheur de l'équipe (Camille, Hildegarde, Michele, Gilles, Christophe, Manu et Pitsy, le chien mascotte). Elle espère intégrer le lycée Anne-Sophie Pic en bac professionnel à la rentrée. « Ce serait un rêve ! Je vais candidater, je croise les doigts. »
« Déjà en Ukraine, j'aimais organiser de grands repas avec mes amis. J'aime cette notion de partage si chère aux Français », sourit-elle.
Une vie à Toulon
Sa vie s'articule autour du collège de sa fille et de son appartement familial. « On adore se promener au Mourillon et découvrir vos traditions : le petit café du matin, les discussions avec les voisins. Toulon, c'est un peu comme Odessa : avec vue sur mer ! »
Les parents de Lésia sont restés en Ukraine, dans un petit village. « Tous les matins, j'ai ma maman au téléphone. Les bombardements continuent. L'université où j'ai obtenu mon diplôme a été ciblée par une roquette récemment. »
Visa et espoir
La famille vit avec un visa de réfugié à renouveler tous les six mois. Le meilleur de la France ? « La vie sociale trépidante ! » Le pire ? « La bureaucratie, un peu compliquée, même si je remercie votre pays de m'avoir accueillie. » Lésia participe aussi à des actions humanitaires pour l'Ukraine.
Pense-t-elle à la fin du conflit ? « Non, on n'y pense pas. On l'espère, on en rêve ! »



