Paris lance un plan contre la victimisation secondaire des victimes
Plan de Paris contre la victimisation secondaire

Le parquet de Paris a dévoilé lundi un plan d'action ambitieux visant à réduire la victimisation secondaire, c'est-à-dire les souffrances infligées aux victimes par le système judiciaire lui-même. Ce phénomène, qui peut aggraver le traumatisme initial, est au cœur de 55 mesures concrètes élaborées par un groupe de travail lancé fin 2024.

Une révolution culturelle dans la justice

La procureure de Paris, Laure Beccuau, a souligné que ces mesures concernent « les victimes de toutes infractions », mais que les réflexions sont particulièrement cruciales dans le domaine des violences conjugales, sexistes ou sexuelles. Des témoignages poignants ont nourri ces travaux. Clara Achour, victime de viol, raconte : « Il y a huit ans en début de procédure, l'enquêteur me demandait si j'avais pris du plaisir, la juge d'instruction me demandait si j'étais consciente de l'effet que je procurais aux hommes. » Elle note toutefois une évolution récente : « Une juge d'instruction m'a présenté ses excuses au nom de la justice, c'était bouleversant. »

Christophe, représentant de victimes, témoigne également d'un changement de ton : « On ne m'a pas juste entendu, on m'a écouté. » Lui qui voyait la justice comme « impénétrable » a découvert un système « bienveillant » lors des échanges du groupe de travail. Il insiste sur l'importance d'expliquer les démarches : « Je suis prêt à accepter un délai de six mois, si on m'a expliqué pourquoi. » Selon le magistrat Erwan Daled-Humbert, ces témoignages, partagés « en début de chaque réunion », ont permis aux professionnels de mieux prendre en compte « le vécu des victimes ».

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Repenser les pratiques d'enquête

Pour les magistrats, le défi est culturel. Peimane Ghaleh-Marzban rappelle qu'« être neutre et impartial » ne signifie pas « être froid ou insensible », qualifiant cette démarche de « véritable révolution culturelle ». Les mesures entreront en vigueur en septembre. Elles incluent des rappels de base, comme l'« obligation de prendre une plainte », mais aussi de nouvelles pratiques : orientation des victimes vers des associations, renforcement de la formation des policiers avec des « mises en situation » pour intégrer « le vécu traumatique ».

La confrontation victime-suspect en question

La confrontation entre victime et suspect, souvent vécue comme une « souffrance », est également remise en cause. Laure Beccuau s'interroge sur son « recours systématique » : « A-t-elle déjà révolutionné une enquête ? Et si elle reste nécessaire, comment la construire ? » Le parquet veut aussi mieux expliquer les classements sans suite, pour que la victime comprenne que « une affaire classée ne remet pas en cause sa crédibilité ». Des décisions mieux expliquées, des recours plus lisibles et des indemnisations possibles sont envisagés.

Un meilleur suivi médical et accès au droit

Le plan prévoit également un meilleur suivi médical. Les hôpitaux s'engagent à « remettre systématiquement des comptes rendus » après les examens médico-légaux, une « attente très forte des victimes », selon Marie-Charlotte Dalle de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris. Du côté des avocats, Me Carine Denoit-Benteux souligne que « la gratuité est un enjeu essentiel, c'est le début du chemin pour se protéger ». L'accès au droit est ainsi renforcé pour toutes les victimes.

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