À Arles, les images jazzy de la photographe Ming Smith
À Arles, les images jazzy de Ming Smith

La photographe afro-américaine Ming Smith, figure discrète mais essentielle de la scène artistique new-yorkaise, fait l’objet d’une exposition majeure aux Rencontres de la photographie d’Arles. Intitulée « Ming Smith : une odyssée américaine », cette rétrospective rassemble plus de 150 tirages, couvrant quatre décennies de création. L’exposition, présentée à l’église des Trinitaires, met en lumière son style unique, où le jazz, l’abstraction et le portrait se mêlent dans une esthétique vibrante et poétique.

Une reconnaissance tardive

Née à Détroit en 1960, Ming Smith a commencé sa carrière dans les années 1970 à New York, où elle a fréquenté le légendaire Studio Museum de Harlem. Elle a été la première femme photographe à rejoindre la célèbre agence Kamoinge, un collectif de photographes noirs fondé en 1963. Malgré son talent, elle est restée longtemps dans l’ombre, son œuvre n’étant redécouverte que récemment. Selon le commissaire de l’exposition, « Ming Smith a été une pionnière, mais son travail a été sous-estimé pendant des décennies. Aujourd’hui, nous reconnaissons enfin sa contribution majeure à la photographie américaine ».

L’exposition d’Arles marque un tournant. Elle permet au public français de découvrir une artiste qui a su capter l’âme de la culture afro-américaine, du jazz au mouvement des droits civiques. Ses images, souvent floues ou surexposées, jouent avec la lumière et le mouvement, créant une atmosphère onirique. « Je veux montrer la beauté dans l’imperfection », explique-t-elle dans le catalogue de l’exposition.

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Un dialogue avec le jazz

Le jazz est au cœur de l’œuvre de Ming Smith. Ses photographies de musiciens comme John Coltrane, Sun Ra ou Ornette Coleman sont parmi les plus célèbres. Elle a su capturer l’énergie des performances live, mais aussi l’intimité des répétitions. Dans une série consacrée à Sun Ra, elle utilise des techniques de double exposition pour évoquer la dimension cosmique de sa musique. « Le jazz est une improvisation, et ma photographie l’est aussi », confie-t-elle.

L’exposition arlésienne met en avant cette symbiose entre image et musique. Un espace immersif permet aux visiteurs d’écouter des morceaux de jazz tout en contemplant les tirages. Selon les organisateurs, « cette approche multisensorielle rend hommage à la manière dont Ming Smith conçoit la photographie comme une expérience totale ».

Portraits et abstraction

Outre le jazz, Ming Smith a réalisé des portraits poignants de figures de la culture noire, comme l’écrivain James Baldwin ou l’activiste Angela Davis. Elle a également photographié des scènes de rue à Harlem, des paysages urbains et des natures mortes. Son travail abstrait, souvent méconnu, explore les jeux de lumière et de texture, rappelant les expérimentations de la photographie d’avant-garde.

Parmi les pièces maîtresses de l’exposition, on trouve une série de photogrammes réalisés sans appareil, en posant directement des objets sur du papier photosensible. Ces œuvres, très rares, témoignent de sa volonté de repousser les limites du médium. « Ming Smith est une expérimentatrice constante. Elle n’a jamais cessé d’innover », souligne le commissaire.

Un héritage en pleine reconnaissance

L’exposition d’Arles s’inscrit dans un mouvement plus large de redécouverte des artistes afro-américaines. En 2024, Ming Smith a reçu le prestigieux prix Infinity Award du Centre international de la photographie de New York. Ses œuvres ont été acquises par des institutions comme le Museum of Modern Art (MoMA) et le Getty Museum. « Ma reconnaissance arrive tard, mais elle est d’autant plus douce », déclare-t-elle.

Les Rencontres d’Arles, qui se tiennent jusqu’au 27 septembre, proposent également des ateliers et des conférences autour de son travail. Pour les amateurs de photographie, c’est une occasion unique de plonger dans l’univers d’une artiste qui a su marier le rythme du jazz à la poésie de l’image.

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