La stèle du « roi Jean » veille sur la mémoire du Débarquement à Saint-Raphaël
Stèle du « roi Jean » : mémoire du Débarquement à Saint-Raphaël

Nous passons souvent devant sans les voir. Ces stèles, plaques et monuments ornent nos murs, jardins et places publiques, faisant vivre la mémoire des lieux. Aujourd'hui, focus sur la stèle en hommage au maréchal Jean de Lattre de Tassigny, située à la lisière de l'esplanade Delayen de Saint-Raphaël, dans le Var. Elle rappelle le rôle déterminant de l'un des grands artisans de la Libération de la France, même si les noms du général de Gaulle ou du général Leclerc viennent plus spontanément à l'esprit.

Le chef de l'armée française du Débarquement de Provence

Jean de Lattre de Tassigny occupe une place majeure dans l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. Il est choisi pour représenter la France à Berlin et signer l'acte de capitulation de l'Allemagne nazie le 8 mai 1945. Lorsque les Alliés lancent l'opération Anvil-Dragoon sur les côtes varoises le 15 août 1944, de Lattre commande l'armée B, forte de plus de 250 000 soldats français sur environ 300 000 opposants aux forces de l'Axe. Ces soldats viennent d'horizons divers : métropolitains, soldats d'Afrique du Nord, tirailleurs africains, combattants des Antilles ou du Pacifique.

Le plus jeune général français reçoit pour mission de reprendre les grands ports de Toulon et Marseille pour assurer l'approvisionnement des armées alliées. Les états-majors américains prévoient au moins 40 jours de combats. De Lattre prend des décisions qui déjouent les pronostics : attaque rapide vers l'intérieur des terres, puis vers l'ouest, et prise de Toulon en tenaille. Résultat : Toulon est libérée le 26 août et Marseille deux jours plus tard. Le télégramme adressé au général de Gaulle est célèbre : « Aujourd'hui J+13, dans le secteur de mon armée, il ne reste plus un Allemand autre que mort ou captif ».

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La caution victorieuse de la France lors de l'armistice

Son autorité naturelle, son goût du commandement et ses origines bourgeoises valent à ce saint-cyrien le surnom affectueux de « roi Jean ». L'armée B, devenue 1re Armée française, conduit la campagne victorieuse « Rhin et Danube » jusqu'au cœur de l'Allemagne. Pour de nombreux historiens, le succès du Débarquement de Provence et la progression fulgurante des troupes de Lattre ont redonné à la France un poids politique décisif à l'issue de la guerre. Sans cette reconquête menée par des forces françaises, la place de la France parmi les vainqueurs de 1945 n'aurait pas été assurée.

Simonne de Lattre, fidèle gardienne du souvenir

Après la disparition de Jean de Lattre de Tassigny en 1952, sa mémoire a été portée par son épouse, Simonne Calary de Lamazière, devenue la maréchale de Lattre de Tassigny. Sans résidence ni attaches familiales dans le Var, elle entretenait un lien particulier avec Fréjus et Saint-Raphaël. Les anciens combattants de l'Est-Var se souviennent de ses visites patriotiques. Elle avait contribué, en septembre 1943, à l'évasion de son mari incarcéré pour avoir refusé de déposer les armes lors de l'invasion de la France libre.

Le 15 août 1974, le premier ministre Jacques Chirac participe aux commémorations du 30e anniversaire du Débarquement de Provence à la nécropole de Boulouris, avec la maréchale à ses côtés. Le 16 février 1993, elle inaugure le Mémorial des guerres d'Indochine de Fréjus en présence du président François Mitterrand. Elle y revient en octobre de la même année pour présider une cérémonie devant plus d'un millier d'anciens combattants et de familles de disparus. Enfin, elle avait été reçue à l'Hôtel de ville de Saint-Raphaël par le sénateur-maire René-Georges Laurin. Son décès en juin 2003 a suscité une vive émotion dans le monde combattant local.

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