Un Nutri-Score climatique pour noter la dette souveraine des États
Un Nutri-Score climatique pour noter la dette souveraine

Scientific Climate Ratings, structure liée à l'Edhec Business School, a dévoilé le 23 juin ses "Sovereign Climate Risk Ratings", un classement attribuant à 191 États une note de A à G selon les pertes économiques anticipées d'ici 2035 et 2050 sous l'effet du réchauffement chronique. Ce "Nutri-Score climatique" se veut plus concret que les indicateurs ESG existants.

Une méthodologie basée sur des scénarios probables

Rémy Estran-Fraioli, président de l'organisation, a adressé un courrier à chaque pays évalué avant la publication pour lui notifier sa note. Il explique : "Les marchés n'ont que faire des scénarios extrêmes. Par exemple, le scénario 'Net Zéro', visant à contenir le réchauffement à 1,5 °C, n'a selon nos analyses que 0,4 % de chances de se matérialiser." Ses équipes ont passé en revue l'ensemble des états du monde possibles, leur ont assigné des probabilités, puis calculé l'impact du scénario le plus vraisemblable sur l'économie d'un large échantillon de nations.

La latitude, facteur clé

Nicolas Schneider, économiste à l'Edhec, rappelle : "La recherche macroéconomique est formelle : l'optimum de productivité se situe autour de 13 degrés Celsius." Les pays proches de l'équateur sont donc défavorisés. Le Brésil, classé E, verrait sa productivité chuter de 13 % d'ici à 2050 sous l'effet du réchauffement. À l'inverse, des nations comme la Russie ou le Canada pourraient enregistrer de légères hausses de productivité à court terme, avant d'être rattrapées par la montée des températures.

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États-Unis : un diagnostic sévère

Aux États-Unis, notés E, les zones densément peuplées et économiquement actives (Texas, Floride, Arizona) se situent déjà au-delà de l'optimum thermique. Les États du Nord, comme le Minnesota, affichent un profil plus favorable mais ne compensent pas les pertes du Sud. La productivité globale américaine devrait reculer de 4,6 % d'ici 2035 et de 10,4 % d'ici 2050, par rapport à un scénario sans réchauffement. À titre de comparaison, la pandémie de Covid-19 avait provoqué une contraction de 3 % de la productivité américaine, mais l'économie s'en était relevée. "L'effet climatique, lui, est cumulatif. Il s'installe et il dure", prévient Estran-Fraioli.

La France relativement épargnée

La France, notée B, subirait une baisse de productivité de 2,6 % d'ici 2035 et de 5,9 % à l'horizon 2050. "Le risque physique induit par le changement climatique est aujourd'hui insuffisamment intégré par les marchés. Nous entendons combler ce vide", commente Rémy Estran-Fraioli. Les données satellitaires permettent déjà de descendre à l'échelle infranationale. La prochaine étape consistera à noter individuellement les entreprises selon leur exposition au risque climatique. "Nous construisons une base de données considérable et affinons notre méthodologie", précise le dirigeant.

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