Le rachat d'Electronic Arts (EA) par un consortium incluant un fonds saoudien, annoncé le lundi 29 septembre et devant être finalisé au premier trimestre de l'exercice fiscal 2027, constitue un tournant stratégique pour l'industrie du jeu vidéo et de l'e-sport. En misant sur les franchises sportives lucratives d'EA, l'Arabie saoudite poursuit sa politique d'investissement massif dans le secteur. Décryptage avec Pierre Le Goupil, chef de rubrique Tech chez Presse-Citron.
Un séisme pour le monde du jeu vidéo ?
Faut-il considérer ce rachat comme un séisme pour le monde du jeu vidéo et de l'e-sport ? Selon Pierre Le Goupil, l'ampleur des conséquences dépendra des décisions futures. Les Saoudiens investissent énormément dans l'e-sport et le sport en général. Ce rachat s'inscrit dans cette logique : continuer à miser sur l'e-sport, un secteur où EA est très fort, notamment avec ses franchises sportives. Il s'agit donc d'un bouleversement considérable dans ce segment.
Répercussions négatives attendues
Des répercussions négatives sont à prévoir. Le Financial Times a déjà rapporté que le fonds d'investissement envisage de réduire les coûts en utilisant l'intelligence artificielle pour le développement, ce qui mettrait en danger les postes de développeurs de jeux vidéo. Du côté des joueurs, des changements dans l'offre ou la qualité des jeux sont à craindre. EA mise déjà beaucoup sur les jeux free-to-play et les jeux de sport, et cette tendance devrait se renforcer, car ce sont les segments les plus rentables. En revanche, les projets plus petits ou solo, comme les jeux Star Wars ou ceux de Bioware (racheté par EA en 2007 et en difficulté depuis plusieurs années), pourraient être menacés.
Un enjeu de soft power
L'Arabie saoudite a-t-elle ciblé EA pour ses licences sportives ou par opportunité ? Pour Pierre Le Goupil, c'est un peu des deux. Il y a une part d'opportunité, mais ce n'est pas le premier investissement saoudien dans le jeu vidéo. Le royaume avait déjà racheté Niantic il y a quelques années. Ce rachat s'inscrit dans une stratégie de soft power, visant à contrer d'autres pays. Le jeu vidéo, historiquement dominé par les Américains et les Japonais, est devenu un outil de soft power majeur, comme en témoignent les investissements de la Chine avec Tencent ou de la France avec Ubisoft. L'Arabie saoudite, qui ne possède pas de studio historique, utilise EA pour renforcer son influence dans ce secteur.



