Pétrole : Trump fustige les profits records des majors
Pétrole : Trump fustige les profits records des majors

Les huit plus grandes compagnies pétrolières cotées en Bourse ont réalisé des bénéfices cumulés de près de 93 milliards de dollars au deuxième trimestre 2020, soit presque le double de leurs gains de l'année précédente, selon une analyse du Guardian. Cette manne intervient alors que les prix de l'énergie flambent, suscitant la colère du président américain Donald Trump, qui a déclaré lundi 3 août depuis le Bureau Ovale : "Ils gagnent trop d'argent".

Des bénéfices records sous le feu des critiques

Donald Trump a vivement critiqué les profits exceptionnels des géants pétroliers, y voyant un problème politique à l'approche des élections de mi-mandat. "Cela ne me plaît pas. Et je suis pourtant le dernier à devoir dire une chose pareille, car je suis un fervent partisan de la libre entreprise", a-t-il fustigé devant des journalistes, rapporte CNN. Les huit producteurs concernés — Aramco, BP, Shell, Equinor, TotalEnergies, Eni, Chevron et ExxonMobil — ont engrangé près de 93 milliards de dollars de bénéfices au cours du trimestre achevé fin juin, contre un peu moins de 50 milliards un an plus tôt.

Le premier bénéficiaire est Saudi Aramco, le géant saoudien, qui a annoncé mardi un bond de 33 % de ses bénéfices au deuxième trimestre, à 33,4 milliards de dollars, contre 25,2 milliards un an plus tôt. Les majors américaines ne sont pas en reste : ExxonMobil a annoncé vendredi 31 juillet des bénéfices trimestriels de 14,5 milliards de dollars, plus du double de l'année précédente, tandis que Chevron a affiché 12,1 milliards, soit plus de quatre fois son résultat antérieur. Au Royaume-Uni, Shell a signalé près de 10 milliards de dollars de bénéfices, son deuxième meilleur trimestre de son histoire.

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La flambée des prix, conséquence de la guerre

Cette envolée repose sur un mécanisme classique du marché pétrolier : lorsque l'offre mondiale est sous tension, la crainte d'une pénurie fait grimper les prix. Le baril de Brent, référence mondiale, évoluait légèrement sous les 70 dollars avant le début du conflit entre les États-Unis et Israël d'un côté et l'Iran de l'autre. Il a ensuite dépassé les 100 dollars, avant de refluer et de fluctuer au gré des perspectives de paix. Mardi 4 août, il s'échangeait autour de 80 dollars, soit 14 % de plus qu'avant le début des hostilités.

Pour Donald Trump, ces profits énormes ont des airs de "casse-tête politique", comme le relève CNN. À trois mois des élections de mi-mandat, la hausse des prix de l'énergie menace de ternir son bilan économique. Sa guerre contre l'Iran a contribué à faire grimper les cours mondiaux du pétrole, avec des conséquences directes pour les consommateurs américains. Pendant que les ménages comptent leurs sous, les pays exportateurs et les grandes compagnies pétrolières profitent de la situation.

Une rente qui pourrait ne pas durer

Cette rente pourrait toutefois ne pas durer. "Ce niveau élevé de revenus ne peut perdurer indéfiniment", a expliqué Rahul Choudhary, vice-président chargé de la recherche en amont chez Rystad Energy, à CNN. Les prix ont notamment reculé après un accord de cessez-le-feu, depuis rompu, entre Washington et Téhéran.

Au-delà de la question des profits, cette période relance aussi le débat sur la responsabilité climatique des géants du pétrole. Une étude scientifique publiée en septembre dernier, citée par le Guardian, a pour la première fois établi un lien direct entre les émissions de carbone des plus grandes entreprises fossiles et des épisodes de chaleur mortels. D'après cette analyse, les émissions de chacune des 14 plus grandes entreprises du secteur ont suffi, à elles seules, à rendre possibles plus de 50 vagues de chaleur qui auraient autrement été pratiquement impossibles.

Saudi Aramco est particulièrement visée : selon la base Carbon Majors citée par le journal britannique, sa production d'énergies fossiles en a fait la plus grande émettrice de carbone de l'histoire, devant Chevron et ExxonMobil. Shell et BP figurent également parmi les dix plus grands émetteurs historiques.

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