Disney+ a mis en ligne ce mercredi 6 août 2026 l'adaptation très attendue du roman The Shards de Bret Easton Ellis. La série, portée par le créateur lui-même, transforme le récit initiatique et crépusculaire en un objet télévisuel à la fois névrosé et résolument « bonbon », selon les premiers retours critiques. Avec ses 10 épisodes, elle entend capturer l'essence du Los Angeles des années 1980, entre luxe décadent, angoisses adolescentes et menace sourde.
Une adaptation fidèle mais transfigurée
Bret Easton Ellis, qui signe ici le scénario et la production, a choisi de ne pas faire une simple transposition. Il réinvente son propre texte, paru en 2023, en accentuant les codes du thriller psychologique et de la satire de mœurs. Le personnage principal, Ellis, est un lycéen de 17 ans, interprété par l'acteur Toby Wallace, qui évolue dans un Los Angeles huppé, hanté par un tueur en série surnommé « The Trawler ». La série explore la paranoïa, la sexualité refoulée et les jeux de pouvoir au sein d'un groupe d'amis privilégiés.
Les critiques soulignent la direction artistique léchée, les costumes d'époque et une bande-son éclectique, qui mêle New Order, Depeche Mode et autres tubes new wave. Mais c'est surtout le ton, oscillant entre malaise et esthétisation, qui fait débat. Pour certains, la série est une « friandise empoisonnée », pour d'autres, un « exercice de style brillant mais creux ». Le magazine américain Variety évoque « une adaptation qui transforme la noirceur d'Ellis en un clip de mode macabre ».
Un pari risqué pour Disney+
Le choix de Disney+ de diffuser une œuvre aussi sombre et sexuellement explicite peut surprendre. La plateforme, habituellement associée à des contenus familiaux, tente de diversifier son catalogue pour concurrencer HBO et Netflix. The Shards est ainsi présentée comme une série « mature », avec une classification déconseillée aux moins de 16 ans. Selon les données de l'institut Parrot Analytics, les 30 premiers jours ont généré 1,2 million de demandes de visionnage aux États-Unis, un score honorable mais en deçà des blockbusters de la plateforme.
En France, la série bénéficie d'une campagne promotionnelle ambitieuse, avec des affiches dans les grandes villes et une avant-première à Paris en présence de l'auteur. Les premiers chiffres d'audience, communiqués par Disney+, indiquent que 45 % des abonnés ayant lancé le premier épisode ont enchaîné sur le deuxième, signe d'un bouche-à-oreille positif. « C'est une œuvre qui divise, mais qui ne laisse pas indifférent », analyse la critique de Télérama, qui salue « une mise en scène d'une précision horlogère ».
Une plongée dans les abysses de l'adolescence
Au-delà du thriller, la série est une radiographie de l'adolescence dorée des années 80. Ellis, le protagoniste, est tiraillé entre son désir pour son ami d'enfance, la pression sociale et ses pulsions destructrices. La série n'épargne aucun tabou : drogues, violences, rapports de domination. Certaines scènes, très graphiques, ont d'ailleurs été coupées au montage pour la version française, selon des informations rapportées par Le Figaro. Une décision qui a suscité la colère de l'auteur, qui a déclaré : « Je ne veux pas d'une version édulcorée, l'œuvre doit être montrée dans son intégralité. »
La performance de Toby Wallace est saluée par l'ensemble de la presse. Le jeune acteur australien, révélé dans Babyteeth, incarne avec justesse la fragilité et la noirceur du personnage. À ses côtés, les acteurs confirmés comme Molly Ringwald et Jason Schwartzman apportent une touche de nostalgie hollywoodienne. La série a été tournée en décors naturels à Los Angeles, dans des villas de Beverly Hills et des clubs mythiques comme le Viper Room, reconstitué pour l'occasion.
Un phénomène éditorial et télévisuel
Le roman The Shards avait déjà été un phénomène éditorial, avec plus de 500 000 exemplaires vendus dans le monde. L'annonce de l'adaptation avait créé une attente considérable, d'autant que Bret Easton Ellis avait longtemps refusé de céder les droits de ses œuvres, déçu par l'adaptation d'American Psycho en 2000. Cette fois, il a choisi de s'impliquer totalement, ce qui garantit une certaine authenticité. « J'ai toujours eu une relation compliquée avec Hollywood, mais avec cette série, j'ai trouvé un espace de liberté créative », a-t-il confié lors de la conférence de presse de lancement.
La série s'inscrit dans une tendance plus large des adaptations littéraires sur les plateformes, comme My Brilliant Friend ou Normal People. Mais The Shards se distingue par son audace formelle et son refus de la facilité. Les épisodes, d'une durée variable de 45 à 60 minutes, sont construits comme des chapitres, avec des cliffhangers savamment dosés. La musique originale, composée par le duo français Air, ajoute une couche d'étrangeté et de mélancolie.
Un succès critique contrasté
Les critiques sont partagées. Si certains y voient un chef-d'œuvre, d'autres dénoncent une « complaisance morbide ». Sur Rotten Tomatoes, la série obtient 78 % d'avis positifs, avec un consensus qui la décrit comme « une expérience sensorielle unique, mais parfois étouffante ». Le public, lui, semble conquis, avec une note moyenne de 8,2/10 sur IMDB. Les réseaux sociaux s'enflamment, notamment autour de la scène finale de l'épisode 3, jugée « traumatisante » par de nombreux spectateurs.
En France, la série est disponible sur Disney+ depuis le 6 août, en version originale sous-titrée et en version française. Disney+ prévoit déjà une saison 2, bien que Bret Easton Ellis ait déclaré que l'histoire était conçue pour être autonome. « Si le public est au rendez-vous, pourquoi pas, mais je ne veux pas diluer l'impact », a-t-il précisé. En attendant, les abonnés peuvent se laisser happer par cette plongée dans les abysses de l'Amérique des années 80, où le vernis du rêve américain craque sous la pression des secrets.



