Pain maudit de Pont-Saint-Esprit : 75 ans après, le mystère reste entier
Pain maudit : 75 ans après, le mystère reste entier

Soixante-quinze ans après les événements du mois d'août 1951, le mystère du « pain maudit » de Pont-Saint-Esprit reste entier. Aucune des théories avancées n'a été officiellement confirmée, mais la commune garde une blessure toujours ouverte. Une visite guidée, proposée pendant l'été, permet de revenir sur cette affaire hors du commun qui a marqué les esprits.

Une visite guidée pour briser le tabou

Plus de 60 personnes ont participé à la visite guidée sur l'histoire du pain maudit, animée par Nathalie Schmitt, guide touristique. Pendant longtemps, ce sujet est resté tabou dans la commune. « Cela a été un sujet tabou pendant longtemps ici. Ça ne fait que cinq ans qu'on propose des visites guidées sur cette histoire », explique-t-elle. Cette initiative récente vise à faire connaître cet épisode tragique tout en répondant aux interrogations des visiteurs.

L'histoire commence le 15 août 1951, dans l'actuelle rue Joliot-Curie, l'une des plus commerçantes de Pont-Saint-Esprit à l'époque. La boulangerie Briand attire de nombreux clients. Dès le lendemain, plusieurs d'entre eux ressentent des symptômes étranges : douleurs, fatigue extrême ou au contraire agitation intense. Une enquête est rapidement ouverte, et le boulanger Roch Briand est interrogé, mais rien ne permet de l'incriminer.

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L'enquête se tourne vers le meunier

Les enquêteurs se tournent alors vers le répartiteur des farines et les meuniers qui fournissent la boulangerie. La farine du meunier de Vienne attire l'attention. Un commissaire se rend sur place et trouve le moulin assez sale. Interrogé, le meunier admet avoir mélangé du seigle avec du blé dans sa farine. En creusant, les enquêteurs découvrent de l'ergot, un champignon vénéneux parasite du seigle, connu pour provoquer des brûlures et des hallucinations.

De nombreux clients de la boulangerie sont touchés par les mêmes symptômes. « Certains se jettent même dans le Rhône à cause des brûlures qu'ils ressentent. D'autres ont l'impression d'avoir des antennes radios à la place des orteils », raconte la guide. Le meunier est alors incarcéré, et l'affaire semble résolue.

La nuit de l'apocalypse

Le nombre de malades augmente rapidement, et plusieurs dizaines de personnes se rendent à l'hôpital de l'Hôtel-Dieu, situé en face de la boulangerie. Dans la nuit du 24 août, l'hôpital est débordé. « On l'appelle la nuit de l'apocalypse. Tout le monde crie dans les rues, la ville est obligée de demander des renforts des plus grandes villes (Nîmes, Avignon et même Montpellier), pour interner les malades », souligne Nathalie Schmitt. Aujourd'hui, l'Hôtel-Dieu a été transformé en résidence de standing, un contraste saisissant avec cette nuit tragique.

Officiellement, sept décès ont été reconnus sur les 15 premiers jours. Cependant, certaines personnes sont mortes des semaines ou des mois plus tard des suites de séquelles, ce qui rend le bilan exact difficile à établir. « Aujourd'hui certains touristes me demandent encore si on peut acheter du pain à Pont-Saint-Esprit », conclut la guide, devant un public hilare.

Une théorie alternative : la piste du LSD

L'enquête officielle a finalement conclu à un non-lieu, faute de preuves suffisantes. Une autre analyse ne retrouvant plus d'ergot dans la farine, les enquêteurs se sont tournés vers d'autres pistes. « Finalement, on s'est demandé s'il n'y avait pas une contamination des sacs qui contenaient le pain ce jour-là. Cette explication a été retenue par l'État car elle ne mettait en cause personne. C'était un accident, mais les Spiripontains n'ont pas été satisfaits », explique Nathalie Schmitt.

Plus récemment, une théorie alternative a émergé. En 2009, le journaliste américain Hank Albarelli a publié un ouvrage affirmant que la CIA aurait mené des expérimentations au LSD à Pont-Saint-Esprit. « Il s'est appuyé sur des documents authentiques et déclassifiés de la CIA. Les Américains auraient envisagé cette destruction des cerveaux avec le LSD pendant la guerre froide et fait des tests dans la commune », précise la guide. En 1953, un biochimiste de la CIA ayant découvert des liens sur cette histoire serait mort dans des circonstances suspectes.

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Un mystère toujours vivace

Ces hypothèses alimentent le mystère qui entoure cette affaire, sans pour autant apporter de réponse définitive. Pour les habitants de Pont-Saint-Esprit, cette histoire reste une blessure ouverte. Les visites guidées permettent de transmettre la mémoire de cet événement et de répondre aux questions des curieux.

Les prochaines visites guidées sur l'histoire du pain maudit auront lieu le mercredi 12 août à 20h30 et le jeudi 20 août à 9h30. Le départ se fera devant l'Hôtel de Ville, et la participation est gratuite.