Une réforme européenne pour privilégier les produits « Made in EU »
La Commission européenne s'apprête à introduire une dose de préférence pour les produits fabriqués au sein de l'Union européenne dans sa législation. Cette initiative, longtemps défendue par Emmanuel Macron et portée par le vice-président français de la Commission, Stéphane Séjourné, doit être présentée le 4 mars. Elle vise à instaurer une priorité pour les produits contenant un pourcentage minimal de composants européens lorsque des fonds publics sont engagés, notamment dans les subventions et les marchés publics.
Un soutien à l'industrie européenne en difficulté
L'objectif principal de cette réforme est de garantir une demande stable pour l'industrie européenne, actuellement confrontée à de sérieuses difficultés. En favorisant les produits « Made in EU », Bruxelles espère renforcer l'autonomie stratégique du Vieux Continent dans des secteurs clés où la dépendance envers des puissances étrangères, comme la Chine, est particulièrement forte.
Les secteurs ciblés incluent l'acier, la chimie, l'automobile, les batteries et les énergies renouvelables. Il ne s'agit pas de viser l'autarcie, mais plutôt de réduire les vulnérabilités dans des filières essentielles où l'Europe est asphyxiée par la domination chinoise.
Les objections principales à cette préférence européenne
Malgré ses intentions louables, la « préférence européenne » fait l'objet de nombreuses critiques. Voici les principales objections soulevées :
- Un désavantage pour les entreprises européennes utilisant des composants étrangers : Dans un contexte de chaînes de valeur mondialisées, certaines entreprises de l'UE dépendent fortement de composants provenant de l'étranger. La réforme pourrait leur nuire si elle n'est pas appliquée avec souplesse.
- Le risque d'augmentation des prix et de détérioration des finances publiques : En favorisant les prestataires européens au détriment des plus compétitifs, les marchés publics pourraient voir leurs coûts grimper. Cependant, le cabinet de Stéphane Séjourné assure que les analyses d'impact prévoient une hausse modeste des prix, qui diminuerait avec le temps grâce à l'augmentation de la capacité de production européenne.
- Le danger de représailles commerciales mondiales : Les partenaires de l'UE pourraient riposter en discriminant à leur tour les industriels européens. Si ce risque est limité vis-à-vis des États-Unis et de la Chine, qui pratiquent déjà une préférence nationale, il existe bel et bien avec des partenaires plus fiables comme le Japon ou le Royaume-Uni.
Une alternative plus souple : le « Made with Europe »
Pour atténuer ces risques, la Commission européenne envisage une alternative plus flexible, baptisée « Made with Europe ». Cette approche permettrait d'étendre le traitement préférentiel à des sites de production situés dans des pays tiers « de confiance », au-delà des frontières de l'UE. Cette solution soulève toutefois une question épineuse : quels États bénéficieront de cette faveur, et selon quels critères ?
La réforme prévoit également des dérogations pour éviter des surcoûts excessifs, par exemple lorsque la préférence européenne entraînerait le choix d'un produit 30 % plus cher que la concurrence. Ces mécanismes d'ajustement visent à concilier soutien à l'industrie locale et maintien de la compétitivité.
Alors que la présentation officielle approche, le débat sur la « préférence européenne » continue de diviser. Si la France y est globalement favorable, d'autres pays européens restent plus sceptiques, craignant les conséquences économiques et commerciales de cette mesure. L'avenir de l'industrie européenne pourrait bien se jouer dans cet équilibre délicat entre protectionnisme et ouverture.



