Le ministre du Commerce prône une planification pluriannuelle pour apaiser les tensions commerciales
Planification pluriannuelle pour apaiser les tensions commerciales

Le ministre du Commerce appelle à une réforme profonde des négociations commerciales

Le ministre du Commerce, Serge Papin, a lancé un appel pressant pour une refonte complète du système des négociations commerciales entre distributeurs et industriels. Lors d'une visite au Salon de l'agriculture, il a plaidé avec force pour l'instauration d'une planification pluriannuelle, estimant que le modèle actuel, basé sur des discussions annuelles, est désormais « à bout de souffle ». Cette proposition vise explicitement à apaiser le « climat de tension » persistant qui caractérise ces relations commerciales.

Un système annuel jugé obsolète et source de conflits

Chaque année, du 1er décembre au 1er mars, les supermarchés et leurs fournisseurs engagent des négociations souvent âpres et brutales. Ces discussions déterminent in fine les prix des produits en rayon, à l'exception des marques propres des distributeurs. Serge Papin souligne que ce cadre temporel strict ne permet pas une projection à long terme, essentielle notamment pour le monde agricole qui fait face à des enjeux cruciaux de souveraineté et d'investissements.

Le ministre porte une « nouvelle ambition » : mettre en place « une forme de contractualisation plus longue ». Cette approche pluriannuelle permettrait aux producteurs et industriels de se projeter au-delà de l'échéance traditionnelle annuelle, offrant ainsi une stabilité nécessaire à la planification et au développement.

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Les racines du problème : une législation qui a durci les négociations

Serge Papin, ancien patron de Système U, analyse que la loi de modernisation de l'économie de 2008 a significativement « durci les négociations ». Il explique le changement de paradigme : « On est passé de la loi Galland, qui était une loi qui pilotait la marge, à la loi de modernisation de l'économie, qui est une loi pour le pouvoir d'achat. » Cette évolution législative a, selon lui, contribué à exacerber les tensions entre les parties prenantes.

Le ministre se positionne en « médiateur », mais il garde une vigilance accrue envers certaines pratiques des distributeurs. Il rappelle fermement que face aux comportements qui ne respectent pas la règle, « on sanctionne ». Il évoque notamment le cas des centrales européennes d'achat des distributeurs, régulièrement accusées de détourner la législation française, bien qu'elles soient jugées nécessaires par les distributeurs pour peser face aux multinationales.

Des sanctions récentes et des accusations graves

Un exemple concret de cette répression vient d'être donné : la Répression des fraudes a infligé une amende de plus de 33 millions d'euros à Eurelec, la centrale d'achat européenne d'E.Leclerc. Elle est accusée de ne pas avoir respecté la date butoir pour 70 contrats en 2025.

Par ailleurs, la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a récemment porté des accusations sévères contre certaines enseignes de la grande distribution. Elle les a accusées d'exercer un « chantage mortifère » sur les industriels de l'agroalimentaire, en recourant à la menace de déréférencement de marques, c'est-à-dire de retirer les produits des rayons.

Dans ce contexte tendu, Serge Papin est convaincu qu'une planification pluriannuelle pourrait redonner une autre teneur aux relations commerciales. « Si on arrivait à avoir cet engagement-là, ça permettrait de donner une autre teneur aux relations commerciales qui, je le reconnais, en ont besoin », conclut-il, appelant à une évolution structurelle pour pacifier le secteur.

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