Procès Musk contre Altman : l'amitié brisée derrière OpenAI
Musk vs Altman : le procès qui déchire la Silicon Valley

Ils avaient promis de sauver l’humanité ensemble en 2015 ; ils vont finalement se déchirer devant la justice. Ce lundi 27 avril 2026 s’ouvre devant la Cour fédérale d’Oakland, en Californie, l’un des procès les plus explosifs de l’histoire de la Silicon Valley. Sous l’égide de la juge Yvonne Gonzalez Rogers, Elon Musk poursuit Sam Altman, Greg Brockman (les dirigeants d’OpenAI) et leur partenaire Microsoft.

Il les accuse de « rupture de confiance caritative » et d’enrichissement illégitime, estimant qu’ils ont trahi la mission open source et non lucrative originelle de l’ONG pour bâtir un empire financier fermé. Alors que Musk réclame la destitution d’Altman et entre 134 et 150 milliards de dollars de dommages-intérêts – qu’il promet de redistribuer –, OpenAI dénonce une procédure abusive, motivée par la jalousie concurrentielle de Musk avec sa propre start-up, xAI. Entre idéaux dévoyés, batailles d’ego et enjeux technologiques colossaux, récit d’une amitié devenue une guerre sans merci.

1. La première rencontre : quand Sam voyait en Elon un gourou capable de changer le monde (2013)

Tout commence bien avant OpenAI, en 2013, quand un jeune Sam Altman, alors dans la vingtaine, se rend à la base de SpaceX en Californie du Sud pour rencontrer l’homme qui va marquer son avenir. Altman vient de vendre sa première start-up pour une somme modeste, et il cherche des mentors. Elon Musk, lui, a déjà 14 ans de plus et des ambitions démesurées : envoyer des hommes sur Mars.

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« Je me souviens quand Elon Musk m’a fait visiter l’usine SpaceX il y a de nombreuses années. Il parlait en détail de la fabrication de chaque partie de la fusée, mais ce qui m’est resté en mémoire, c’était l’expression de certitude absolue sur son visage lorsqu’il parlait d’envoyer de grandes fusées vers Mars. Je suis reparti en me disant : “ah, donc voilà à quoi ressemble une conviction inébranlable.” Je suis reparti en pensant : voilà à quoi ressemble la conviction », racontera Altman sur son blog, dans un post daté de janvier 2019 et intitulé « How To Be Successful ».

Ce premier échange devient légendaire dans les couloirs de la Silicon Valley : deux esprits fascinés par l’avenir, l’un étant déjà un héros pour l’autre. Altman dira même un jour d’Elon : « J’ai longtemps eu l’impression de le regarder comme un héros incroyable, un véritable joyau pour l’humanité. »

2. La création d’OpenAI : alliance stratégique et étreintes publiques (2015)

En décembre 2015, c’est l’ovation : OpenAI voit le jour dans un ancien atelier à bagages transformé en bureau, dans le quartier de Mission à San Francisco. Six cofondateurs, dont Elon Musk, Sam Altman, Greg Brockman et Ilya Sutskever, lancent une mission ambitieuse : développer une intelligence artificielle générale (AGI) bénéfique pour l’humanité, à but non lucratif et en open source.

À l’époque, Musk déclare que l’IA est « la plus grande menace existentielle pour l’humanité » et insiste sur la nécessité de la contrer avant que Google ne la monopolise.

Les photos de l’époque montrent les deux hommes souriants, se serrant dans les bras, presque fraternels. Altman dira plus tard : « Pendant longtemps, je l’ai vu comme un héros. Nous pensions tous les deux sauver le monde ensemble. »

Musk investit environ 38 millions de dollars entre décembre 2015 et mai 2017, devenant le principal bailleur de fonds de la jeune structure.

3. Le premier refroidissement : Musk veut reprendre le contrôle (2018)

Mais dès 2018, les choses se gâtent. Musk propose de prendre lui-même les rênes d’OpenAI pour battre Google. Son offre est rejetée par le conseil. Furieux, il quitte le conseil d’administration et coupe son financement.

OpenAI publie un communiqué poli : « Comme Tesla se concentre de plus en plus sur l’IA, cela élimine un conflit d’intérêts potentiel pour Elon. »

Derrière cette formulation neutre, la rupture est nette. Altman avoue plus tard : « C’était très dur. J’ai dû réorienter une grande partie de ma vie et de mon temps pour trouver suffisamment de financement. »

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4. Les piques publiques commencent (2020 – 2022)

Quelques années plus tard, Musk commence à attaquer OpenAI publiquement. En 2020, il déclare : « OpenAI devrait être plus ouvert. »

En février 2023, après le succès explosif de ChatGPT, il tweete : « OpenAI n’est pas du tout ce que j’avais prévu. Créée comme open source et à but non lucratif pour contrer Google, elle est devenue une entreprise fermée, à profit maximal, concrètement contrôlée par Microsoft. »

Il s’étonne, presque avec amertume : « Je suis toujours confus : comment une association à but non lucratif à laquelle j’ai donné environ 100 millions de dollars est devenue une boîte valorisée à 30 milliards axée sur le profit ? Si c’est légal, pourquoi tout le monde ne le fait pas ? »

Pourtant, même en plein conflit, Altman reste mesuré. En mars 2023, sur le podcast de Lex Fridman, il dit toujours : « Elon est évidemment en train de nous attaquer sur Twitter… mais je le considère toujours comme l’un de mes héros. Je crois qu’il est, de manière compréhensible, très stressé par la sécurité de l’AGI (Intelligence artificielle générale, NDLR). »

Plus tard, en mai 2023, à l’University College de Londres, il ajoute : « J’ai vraiment appris d’Elon ce qui est possible. On n’a pas besoin d’accepter que la R & D difficile et la tech de pointe soient impossibles. C’est super précieux. »

5. La bromance se transforme en guerre ouverte (2023 – 2024)

En novembre 2022, ChatGPT explose, et Musk est rendu fou de jalousie, selon Semafor. En mars 2024, il porte une première plainte contre OpenAI, Altman et Brockman, les accusant d’avoir trahi les principes fondateurs du projet.

OpenAI riposte en publiant des e-mails internes où Musk semblait accepter le virage vers le lucratif et même suggérer d’« attacher OpenAI à Tesla comme vache à lait ». OpenAI qualifie la plainte d’« incohérente » et suggère que Musk est « motivé par la jalousie ». Quelques mois plus tard, Musk retire la plainte, juste avant l’audience.

Mais en août 2024, il revient à la charge avec une nouvelle plainte, plus lourde : il affirme avoir été trompé et manipulé pour cofonder une entreprise présentée comme à but non lucratif, alors que les véritables intentions d’Altman auraient été de basculer vers le lucratif dès le départ.

« Les dirigeants d’OpenAI l’ont délibérément trompé sur la pérennité du statut non lucratif pour obtenir son financement, avant d’engager une mutation vers un modèle lucratif dont Microsoft est devenu le principal bénéficiaire. »

6. Les insultes publiques et le surnom « Swindly Sam » (fin 2024 – 2025)

Après l’élection de Donald Trump en novembre 2024, où Musk devient le proche conseiller du président et chef de facto du DOGE, la guerre s’accélère. Sur X, il surnomme Altman « Swindly Sam » (« Sam l’escroc », littéralement).

Altman réplique avec froideur : « Je respecte vraiment tes accomplissements et je pense que tu es l’entrepreneur le plus inspirant de notre époque. »

Mais il ajoute plus tard, à Bloomberg TV : « Je ne pense pas qu’il soit une personne heureuse. Probablement que toute sa vie vient d’une position d’insécurité. Je le plains vraiment. »

En février 2025, Musk propose un rachat d’OpenAI pour 97,4 milliards de dollars via un consortium d’investisseurs, disant vouloir rendre l’entreprise « open source et sécurisée ». Altman refuse net : « L’entreprise n’est pas à vendre, ni la mission. Non merci, mais on achètera Twitter pour 9,74 milliards si tu veux. »

Le conseil d’administration d’OpenAI rejette l’offre à l’unanimité, qualifiant la proposition de « nouvel essai de Musk pour perturber sa concurrence ».

7. Le procès qui s’ouvre aujourd’hui (avril 2026)

Aujourd’hui, lundi 27 avril 2026, le procès Musk c. Altman s’ouvre à Oakland, en Californie, devant la juge Yvonne Gonzalez Rogers. La sélection du jury commence ce matin, et le procès devrait durer 2 à 3 semaines.

Le litige repose sur une question fondamentale : OpenAI a-t-elle trahi sa mission originelle ? Elon Musk, cofondateur de la première heure, affirme avoir été manipulé. Selon lui, l’organisation devait rester une structure à but non lucratif œuvrant pour le bien de l’humanité. Il accuse aujourd’hui l’entreprise d’être devenue une machine à profits verrouillée par Microsoft, écrasant toute concurrence.

En face, la défense d’OpenAI reste ferme : la transition vers un modèle lucratif plafonné était nécessaire, transparente et dictée par l’évolution technologique. Pour la firme, ce procès n’est rien d’autre qu’une « campagne de harcèlement » orchestrée par un concurrent jaloux souhaitant favoriser sa propre startup, xAI.

Des enjeux financiers et structurels sans précédent

Si Elon Musk a renoncé à toute compensation personnelle, la bataille financière n’en demeure pas moins titanesque. Le patron de Tesla poursuit OpenAI pour abus de confiance et enrichissement sans cause. Il réclame le versement de dommages et intérêts colossaux, dont les estimations oscillent entre 134 et 150 milliards de dollars, une somme qu’il souhaite voir réinjectée dans la branche philanthropique d’OpenAI.

Pour Sam Altman, le patron d’OpenAI, les risques sont immenses. Une défaite pourrait non seulement ternir définitivement sa réputation et celle de sa gouvernance, mais aussi entraîner une condamnation pour abus de confiance. Plus radical encore, la justice pourrait émettre une injonction forçant OpenAI à revoir son statut juridique ou à suspendre sa mutation vers un modèle totalement lucratif.

Un déballage public de secrets industriels

L’audience s’annonce électrique, notamment grâce à la révélation prévue de plus d’une centaine de pièces à conviction internes. Le public découvrira ainsi des échanges de SMS, des courriels confidentiels et même des extraits des journaux intimes de Greg Brockman, le cofondateur de l’entreprise.

Le clou du spectacle reste toutefois attendu à la barre des témoins. Trois des personnalités les plus influentes de la planète, Elon Musk, Sam Altman et Satya Nadella, le PDG de Microsoft, devront venir s’expliquer en personne. Ce procès ne se contentera pas de juger des contrats ; il définira qui, de l’idéalisme ou du profit, dictera l’avenir de l’intelligence artificielle.

8. Le dernier acte : de l’amitié à la guerre des ego

La bromance est morte. Des accolades publiques de 2015, on est passé à « Swindly Sam » et « escroc » en 2024 – 2025. Altman résume la chute : « J’ai longtemps regardé Elon comme un héros… J’ai des sentiments différents maintenant. »

Musk, de son côté, a créé xAI, son concurrent direct, et multiplie les attaques sur Grok vs ChatGPT, ou même sur des terrains plus anecdotiques comme le Tesla Roadster (Altman ayant annulé sa commande après 7,5 ans d’attente).

En octobre 2025, Altman publie « une histoire en trois actes » sur X : sa réservation Tesla de 2018, sa demande d’annulation en 2025, et la réponse automatique de Tesla : « adresse non trouvée ». Musk réplique en s’en amusant : « Il y a un quatrième acte : l’acte où le problème a été réglé et où tu as eu ton remboursement en 24 heures. »

Puis, revenant aux affaires, il l’accuse d’« avoir volé OpenAI ». La réponse d’Altman claque comme une sentence : « J’ai transformé en vie ce que tu as laissé pour mort, pour en faire la plus grande structure à but non lucratif jamais vue. »