À Montpellier, la suppression totale des terrasses rue Maguelone, décidée par la municipalité pour élargir l’espace piéton, provoque la colère des restaurateurs. « On veut nous voir disparaître sinon on ne s’y prendrait pas autrement », s’indignent-ils. Les restaurateurs de la rue Maguelone sont unanimes : « Nous sommes dans l’incompréhension la plus totale face aux décisions prises par la municipalité. » Certains préfèrent même rester anonymes, de peur de représailles de la mairie.
Une décision municipale assumée pour dégager l’axe gare-Peyrou
Depuis quelque temps, il n’y a plus aucune terrasse sur les allées de cette grande artère qui relie la gare à la place de la Comédie. Michaël Delafosse, le maire de Montpellier, a décidé de les supprimer et il assume ce choix. La décision s’inscrit dans une volonté de retrouver une perspective plus claire. « L’idée est d’avoir un axe dégagé de la gare au Peyrou, c’est-à-dire de la rue Maguelone, en passant par la rue de la Loge et ce jusqu’à la rue Foch », explique-t-on à la mairie. « D’autant plus que sur cette rue, il y a beaucoup d’usages : la circulation du tramway, des piétons… Les terrasses empêchaient les piétons de bien pouvoir se déplacer. »
Cette décision doit permettre de « retrouver un cheminement lisible et sécurisé pour les piétons et les PMR, de refaire de cette rue une adresse de référence du commerce de centre-ville, mais aussi de dégager les perspectives pour donner de la visibilité aux vitrines et aux façades patrimoniales car c’est une entrée de Ville pour les visiteurs venant en train ». « Nous avons désormais un axe dégagé qui permet enfin la circulation des piétons, pour retrouver de la mobilité », conclut le maire Michaël Delafosse.
Les commerçants dénoncent un prétexte et une perte de chiffre d’affaires
Une décision qui interpelle les commerçants : ils ne comprennent pas le but de la manœuvre, à part « pour nous tuer », entend-on. « Ce système de terrasses à Montpellier, c’était déjà un jeu de menaces en permanence. C’est au bon vouloir du maire. Si on dit un truc qui lui déplaît, il nous retire l’autorisation. Mais là, ça va beaucoup trop loin. »
« Si j’avais su, je ne me serais pas installé ici. Sans la terrasse, on ne peut pas exploiter l’intégralité de notre commerce », se désole l’un d’entre eux. Même topo chez le commerce voisin : « Quand j’ai acheté, j’avais une terrasse, puis on ne me l’a plus accordée. Ça a mis un sacré coup à mon chiffre d’affaires et j’ai dû me séparer de plusieurs de mes employés. »
Yilmaz Metin, propriétaire de We love et Grill House, témoigne : « On avait une terrasse depuis 2000, ça fait 26 ans. Au fil des ans, on nous a réduits la terrasse. Le maire ne veut pas de restauration halal, et encore moins ici… Notre activité et la clientèle qui va avec ne convient pas à la mairie semble-t-il. »
Un manque de communication et des craintes de fermeture
La décision d’enlever les terrasses a été prise pour laisser la place aux piétons. « Cette rue, c’est Beverly Hills tellement elle est large. Y a un troupeau de vaches qui passe. Avec les terrasses, il y a plus de 2 mètres de large pour les passants. C’est juste qu’il ne veut plus de snacking », affirment les commerçants, pour qui ce n’est qu’un prétexte. Ils regrettent tous le manque de communication : « C’est du mépris total. On a l’impression que ça ne fonctionne que par copinage », ajoute une commerçante.
Pourtant, tous étaient prêts à se soumettre à un cahier des charges par rapport au mobilier extérieur. « Comme sur la Comédie. C’est très beau cette harmonisation. Ici, ça aurait habillé la rue », explique l’un d’eux. « On comprend que les terrasses quand c’est fait n’importe comment, ça peut être disgracieux. Nous avons aussi intérêt à ce que ça soit joli. Et puis ça aurait mis un peu de vie », ajoute un autre. « On aurait été prêt à se mettre en conformité à tous les aménagements demandés. On n’attendait que ça. »
Tous sont convaincus qu’un tel acharnement n’est fait que pour faire fermer leur commerce. « Sans les terrasses, il n’a plus qu’à attendre qu’on fasse faillite pour récupérer les magasins. Mais moi je suis un bosseur. Je ne trouve pas ça juste », lance l’un d’eux. « Et maintenant on n’a plus le droit de jeter nos poubelles, il faut qu’on les garde jusqu’au passage une fois par semaine. On ne sait plus quoi faire à part attendre la décision du tribunal… », déplore un autre. « De toute façon, tu vas en centre-ville, il n’y a que des restrictions : plus de trottinettes, plus de terrasses… » Les restaurateurs attendent désormais une issue judiciaire pour tenter de sauver leur activité.



