Le quartier des Fleurs, secteur résidentiel de Monaco situé à la frontière avec Beausoleil, conserve son authenticité malgré des difficultés du quotidien. Stationnement devenu un casse-tête, disparition progressive des commerces de proximité, mais aussi un élan de solidarité entre habitants : les résidents et travailleurs de ce quartier calme de la Principauté livrent leurs constats, parfois contrastés.
Un secteur résidentiel au charme préservé, mais une vie de quartier inégale
À quelques rues de la place du Casino, l'ambiance change. Dans le quartier des Fleurs, les touristes se font rares. On y croise des résidents, des travailleurs et des fidèles du marché de Beausoleil qui traversent la frontière. Comme son nom l'indique, ce quartier est composé de rues aux noms fleuris : roses, lilas, géraniums, violettes, genêts, lauriers. Le bâti historique, avec certains immeubles datant du XIXe siècle, côtoie des constructions plus récentes, créant une unité appréciée des habitants.
Maryline, manageuse au Carrefour City situé au pied de l'immeuble Le Millefiori, observe cet état d'esprit depuis 27 ans. « Il y a ici un côté un peu familial, tout le monde se connaît bien pour ce qui est des résidents », confie-t-elle. Liselle, office manager dans une entreprise d'informatique depuis cinq ans, partage ce constat : « Il y a une forme de proximité que l'on ne retrouve pas forcément dans tous les quartiers de Monaco. »
Cette perception n'est pourtant pas unanime. Pierre, jardinier du parc de l'immeuble Le Millefiori, décrit une « sorte de bulle, dont beaucoup sortent pour aller travailler ». Gilbert, résident, nuance : « Les gens se parlent mais ne se fréquentent pas vraiment. »
Le stationnement, une épreuve quotidienne pour les habitants et les travailleurs
Le stationnement est un sujet récurrent dans les conversations du quartier. Chaque matin, les voitures tournent à la recherche d'une place, les livreurs s'arrêtent où ils peuvent, et les nombreux travaux récents ont réduit le nombre d'emplacements disponibles. Vincent, résident, a choisi une solution radicale : « Je ne me déplace plus en voiture, elle est garée dans un parking et je la prends vraiment quand c'est nécessaire. »
Liselle constate que venir travailler en voiture est devenu très compliqué. Le directeur de son entreprise, qui doit transporter du matériel, peut tourner longtemps avant de trouver un emplacement. Pour beaucoup, la solution est le deux-roues. Ces scooters, très nombreux, empiètent parfois sur les trottoirs, comme devant le salon de coiffure de Nicole, rue des Violettes. « Ici, il y a des personnes âgées, tous ces scooters peuvent être gênants car ils rendent le passage plus restreint, en plus devant l'entrée du salon », déplore la commerçante.
Les travaux fréquents ajoutent aux difficultés, mais ils sont perçus différemment. Christian, habitant depuis plus de 30 ans, résume : « Oui, le quartier s'est modernisé et s'est amélioré. Le seul souci, c'est le bruit des travaux. »
Un dynamisme commercial en question
Si le calme et la sécurité sont vantés, le dynamisme du quartier est remis en cause. Fred et Rémi, gérants d'une enseigne de restauration et de livraison alimentaire depuis trois décennies, affirment : « On n'a pas observé de baisse d'activité, en tout cas à l'échelle de notre entreprise. » Frédéric, gérant du bar de la rue des Roses, est moins optimiste : « Le quartier est beaucoup moins actif. C'est bien simple, il y a 20 ans, quand je suis arrivé, je n'aurais pas eu le temps de vous parler. »
La disparition des petites enseignes s'est faite sur le long terme. Gilbert, vivant ici depuis 43 ans, se souvient d'un électricien, d'un boucher, d'une boulangerie ou encore d'un pressing. « Tout cela a disparu », regrette-t-il. Frédéric ajoute que la période Covid a accéléré ce phénomène : « On a du mal à voir comment cela pourrait s'inverser, il n'y a pas vraiment de projets pour relancer des commerces de proximité. »
Nicole, gérante du salon de coiffure, observe une transformation des activités : « Il y a beaucoup de bureaux d'entreprises maintenant et moins de liens directs "commerces-habitants". » Maryline, du Carrefour City, note que la fréquentation n'a pas fortement augmenté : « En 27 ans, je n'ai pas vu une très grande hausse de la fréquentation. Pour les commerces spécialisés, les gens vont plutôt aller les retrouver un peu loin. »
Mélanie, travaillant dans une entreprise de la rue des Géraniums, perçoit toutefois « une nouvelle dynamique. Il y a des entreprises qui font venir des personnes plus jeunes dans le quartier. Forcément, il va aussi se mettre en place une solidarité et une nouvelle proximité entre les personnes qui travaillent et les personnes âgées, même si cela prend une forme différente ».