Le candidat à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon remet sur le devant de la scène une proposition lancée en 2021 par La France insoumise : annuler purement et simplement la dette publique. Selon lui, il suffirait de « la mettre au frigo » ou de « les prendre et de les foutre au feu ». Mais cette solution, qui séduit une partie de l'opinion, se heurte à de vives critiques de la part des économistes.
Une dette qui s'envole et des taux en hausse
La France cumule aujourd'hui une dette publique de 2 900 milliards d'euros, voire 3 550 milliards si l'on inclut les dettes sociales. Les taux d'intérêt sur ces emprunts dépassent désormais 4 % par an, un niveau comparable à celui de la grande crise financière de 2008. Pourtant, aucune crise majeure ne justifie cette envolée. Après une période de taux nuls, voire négatifs, entre 2019 et 2022, le coût de la dette pèse de nouveau lourdement sur le budget de l'État.
Selon l'article de Claude Soula, publié le 20 août 2026, cette charge croissante mobilise une part toujours plus importante des recettes fiscales, au détriment de dépenses jugées plus utiles pour le pays. Le gouvernement Lecornu, comme ses prédécesseurs, peine à réduire le déficit annuel ou à enrayer la spirale de l'endettement, faute d'accord avec les députés.
La proposition de Mélenchon : une annulation radicale
Face à cette situation, Jean-Luc Mélenchon propose une solution radicale : effacer la dette. Il répète dans ses interventions publiques et sur les réseaux sociaux qu'il faut « y aller, les prendre et de les foutre au feu », ou bien « la mettre au frigo ». Selon lui, la dette n'est qu'une construction politique qu'il serait possible d'annuler par une décision souveraine.
Cette idée, déjà avancée en 2021, figure désormais officiellement au programme du candidat pour l'élection présidentielle de 2027. Elle suscite un intérêt certain auprès d'une partie de l'électorat, mais aussi de vives oppositions dans le milieu économique.
Pourquoi les économistes sont réticents
Les économistes pointent plusieurs obstacles majeurs. D'abord, l'annulation unilatérale de la dette publique française serait juridiquement contestable. Les obligations d'État sont détenues par des investisseurs institutionnels, des banques et des fonds de pension, tant français qu'étrangers. Une telle mesure pourrait entraîner une perte de confiance des marchés financiers, une hausse brutale des taux d'emprunt pour tous les acteurs économiques, voire une crise bancaire.
Ensuite, l'impact sur la zone euro serait considérable. La France est l'un des principaux émetteurs de dette souveraine de la zone euro. Une annulation pourrait fragiliser l'euro et déclencher une réaction en chaîne sur les dettes des autres pays membres. Selon les économistes cités dans l'article, une telle décision nécessiterait un accord préalable avec les partenaires européens, ce qui semble très improbable.
Enfin, l'absence de cadre juridique clair rend l'opération risquée. La dette française est régie par des contrats de droit privé, et une annulation unilatérale exposerait l'État à des poursuites judiciaires et à des dommages et intérêts colossaux.
Un débat qui divise la gauche
Au sein même de la gauche, la proposition de Mélenchon ne fait pas l'unanimité. Certains économistes proches du Parti socialiste ou des Verts estiment qu'une renégociation de la dette, avec un allongement des maturités et une baisse des taux, serait plus réaliste qu'une annulation pure et simple. D'autres plaident pour une augmentation des impôts sur les plus riches et une réduction des dépenses publiques non prioritaires.
Le gouvernement Lecornu, quant à lui, exclut toute forme d'annulation et mise sur une croissance économique soutenue pour réduire le déficit. Mais faute de majorité claire à l'Assemblée nationale, les perspectives d'un accord budgétaire restent incertaines. La question de la dette publique s'annonce comme l'un des enjeux majeurs de la campagne présidentielle de 2027.



